Un climat de plus pesant à l'usine Delphi

Un climat de plus en plus pesant à l’usine Delphi

Des bruits de couloir annoncent une fermeture du site en 2016. Hier, la direction de l’usine a démenti la date, tout en restant floue sur la fermeture... PHOTO DOMINIQUE JULLIAN / ARCHIVES

FRÉDÉRIC ZABALZA

Encore un mauvais présage. Rien de moins que la fermeture totale de l’usine, dans deux ans. Une bien méchante rumeur, une de plus, qui vient aux oreilles des salariés de Delphi Diesels Systems, site qui fabrique des composants de systèmes d’injection pour les véhicules diesel. « On n’a pas d’informations officielles, on sait juste qu’il y a un comité d’entreprise aujourd’hui (hier], rien de plus. De toute façon, des menaces de fermeture, on entend ça depuis dix ans. Je travaille ci depuis 2000, j’y suis toujours    », constatait hier un trentenaire, profitant de la courte pause de midi. On n’est pas plus inquiet que ça, assurait son collègue, un peu plus âgé. Tous les matins, on embauche, on touche le salaire à la fin du mois, c’est tout ce qui compte pour le moment. Après, on voit ce qui se passe autour de nous, dans cette zone de Périgny. Peut-être que notre tour viendra... »

« Pas de date arrêtée »

Pour s’en assurer, Bruno Boisson, délégué CGT, entouré de ses confrères de la CFDT et de FO, a posé la question hier en comité d’entreprise aux représentants de la direction. « Ils ont répondu qu’il n’y avait pas de date arrêtée pour une fermeture. C’est toujours aussi flou », regrette le syndicaliste. En revanche, la direction s’est montrée plus claire pour annoncer le transfert de quatre machines dans l’usine de Blois, soit trois emplois directs en moins. « Elles ne partiront pas si nous n’obtenons pas de garanties pérennes sur l’emploi à Périgny. Si les machines s’en vont, nous n’aurons plus de moyen de pression. La direction dit vouloir réduire les coûts logistiques, elle bâtit tout un argumentaire pour montrer que le site perd de l’argent. On va devoir nommer un expert pour vérifier ça, annonce Bruno Boisson.

Après le plan social de 2010, qui a vu partir une centaine d’employés, puis le plan de départs volontaires lancé cette année, auquel ont répondu soixante-six personnes, la rumeur d’une fermeture de l’un des trois derniers sites de Delphi en France, avec ceux de Blois (Loir-et-Cher) et de Saint-Aubin-du- Cormier (Ille-et-Vilaine), est assez crédible pour que les représentants des salariés sollicitent le député Olivier Falorni, qu’ils ont rencontré vendredi.

Chiffre d’affaires en hausse

« Ils m’ont alerté après avoir entendu des échos en interne, sur l’intention du groupe américain de fermer le site de Périgny en 2016. Le plus inquiétant, c’est que la direction n’a jamais démenti cette information. Si c’est vraiment ce qui se trame, c’est scandaleux à plusieurs titres. D’abord parce que le chiffre d’affaires du groupe, qui était de 15,5 milliards d’euros en 2012, est en augmentation. Et il est inversement proportionnel aux investissements. Ensuite, il ne faut pas oublier que cette société a bénéficié de beaucoup d’argent public pour venir en France et pour y rester, notamment quand elle était dans une mauvaise passe. Ce désengagement du territoire national est d’autant plus à craindre que Del- phi a ouvert une usine en Roumanie et une autre de 22000 mètres carrés en Chine. On devine la stratégie de délocalisation d’une multinationale », remarque le député, qui a envoyé un courrier vendredi au nouveau ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron, pour lui demander «de tout mettre en œuvre afin d’éviter cette fermeture qui porterait un coup dur à l’économie rochelaise ».

« Je le verrai quelques minutes ce mercredi pour en parler. On veut une réponse de la direction de Delphi. Ça aura plus de poids si la demande vient directement du ministre. »

De son côté, le maire Guy Denier préfère garder confidentielles les discussions avec la direction, mais dit rester « extrêmement vigilant » sur ce dossier.

Contactée hier, la direction de Delphi a fait savoir qu’« elle ne commentait pas des rumeurs ou des spéculations ». Elle a précisé au passage que le siège du groupe américain était désormais situé à Gillingham, en Angleterre, quand d’autres sources le disent à Luxembourg. Un mystère de plus.

Le dernier vestige d’une industrie

Les fantômes de l’industrie automobile sont nombreux à hanter la zone des Quatre-Chevaliers à Périgny. Spiral Concorde, repris par une agence de communication, a rejoint le cortège des disparus en 2010.

Longtemps, depuis que le Premier ministre Georges Pompidou a inauguré la toute première usine Peugeot en 1967, le mirage automobile a plané sur ce site. Près de 3 000 personnes ont travaillé en même temps, à l’époque dorée, sur cette friche industrielle de 51 hectares et 80000mètres carrés de bâtiments.

La dure réalité écourta le rêve d’un Détroit à la sauce charentaise-maritime à la veille des années 80. Peugeot dégraissa peu à peu avant d’aller voir ailleurs, Triaxe entretint l’espoir avant de faire de même dans la douleur, Swatchmobile et Toyota ne vinrent jamais...

Depuis la reconversion de Spiral, Delphi, situé à l’autre bout de la zone industrielle de Périgny, est le dernier représentant d’une activité industrielle qui a entretenu autant d’illusions qu’elle en a brisées.

 

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