Le bombardement de l'usine d'eau de javel Cotelle et Foucher à Rompsay

"Connaissiez-vous l’existence à Rompsay d’une usine d’eau de Javel et saviez-vous qu’elle avait été bombardée ?"

Telle est la question que j’avais posée à plusieurs anciens pérignaciens. Les réponses furent d'abord négatives et le souvenir de ce bombardement, s'il avait bien eu lieu semblait s'être perdu, mais Monsieur Ragaru m’a répondu après réflexion :

« J'ai parlé, hier, à ma soeur, habitant à Saint-Eloi (cimetière) de l'usine d'eau de javel...  Effectivement,   elle se souvient bien des bombes tombées sur cette usine, mais sans en préciser les détails. Nous n'avions, elle, que 15 ans et moi 16 ... Par ailleurs, nos moyens de locomotion, à l'époque, étaient très limités = pneus en rondelles caoutchouc (bouteilles de piquette) souliers à ménager au maximum etc. » (Pierre Ragaru).

Que s’était-il donc réellement passé ?

L’année  1943 commençait à Périgny.

 Deux mois plus tôt (le 18 novembre 1942), 21 « B17 » avaient largué en 4 minutes, 27,7 tonnes de bombes sur  la base de la Palice,   détruisant en partie les chantiers Delmas Vieljeux, atteignant Saint-Maurice, Missy, Vaugoin et Lagord, occasionnant la mort d’au moins 5 civils mais effleurant à peine les 7 m de béton du toit de la base de sous-marins.

Quatre mois plus tard, le 29 mai 1943, une seconde offensive réunira sur le même objectif 34 « B24 » qui largueront en 3 minutes, 99 tonnes de bombes, atteignant la base, sans occasionner de dommages sensibles, mais aussi l’avenue Denfert Rochereau, la Grenouillère, la Rossignolette et jusqu’à la Ville en bois, touchant 2 usines chimiques (L’Union française-Thann et Mulhouse), détruisant la gare maritime et un des camps de travailleurs de l’organisation Todt, occasionnant la mort de 26 personnes civiles.

Reportons-nous à la nuit du 26 au 27 janvier 1943 à Rompsay. Il était 4h40. En pleine nuit donc. Brutalement, les habitants furent secoués par un bombardement isolé, celui de l’usine Cotelle et Foucher.

Cette usine, située à Rompsay (à l’emplacement qu’occupera ensuite le magasin « l’entrepôt ») produisait alors de l’eau de javel, des lessives, des savons, et ne représentait guère une cible stratégique pour l’aviation.

 Une trentaine de bombes incendiaires l’atteignirent pourtant.

Le directeur de l’usine était Pierre Labouret. Il déclara : « J’ai constaté que dans le coin ouest des bâtiments, le feu avait pris dans un hangar où étaient déposés des bouchons et des papiers de paquetage. Je n’ai pu me rendre jusqu’au lieu de l’incendie, car, […] un engin incendiaire était tombé et la matière qui s’en échappait dégageait des flammes et une grande chaleur. » (Cité par Christian Genet, p19, Les deux Charentes sous les bombes, Aubin Imprimeur, Gémozac 2008).

 Pourquoi ce bombardement ? Aucune mission officielle n’a été, semble-t-il, répertoriée pour ce jour-là par les alliés.

S’agissait-il d’un bombardement ciblé comme la précision du tir pourrait le laisser croire ? Mais les bombardements de la base sous-marine de La Pallice montrent bien que la précision des bombardements était alors toute relative.

S’agissait-il plutôt,  comme le pense Christian Genet,  d’un hasard, d’un largage intempestif de bombes qui étaient destinées à d’autres cibles ? Il pense qu’il pourrait s’agir de bombes larguées par des Halifax du 419ème squadron de la Royal Canadian Force, qui ce jour-là, devaient attaquer des navires dans le port de Bordeaux et qui, n’ayant pu le faire en raison de la météo, auraient été contraints de s’alléger pour échapper à la chasse ou à la DCA allemande. En l’absence de toute source sûre, cette version reste bien sûr une interprétation.

Par chance, le bombardement ne fit pas de victimes, bien que quelques bombes aient aussi touché des propriétés voisines. Un des voisins de l’usine, cité aussi par Christian Genet, témoigna : « Quatre engins sont tombés dans mon jardin, rentrant profondément dans la terre. Cependant, l’un d’eux ayant percuté un sol plus résistant a pris feu. Mon fils l’a aussitôt éteint en le recouvrant de terre. Ma maison a été épargnée et n’a subi aucun dégât.»

Une trentaine d’impacts ont été relevés aussi de chaque côté du canal, et 500m plus loin, une ligne à haute tension a été coupée. 

   

                                        L'avion bombardier "Halifax" :      

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