Les morues sèches de Périgny

 

 

 

L'industrie de la pêche à la morue

 

La pêche, petite ou grande a toujours été une des principales activités économiques de La Rochelle et de sa région. « La morue (gadus callarias), écrit Bronkhorst (la pêche à la morue, Editions Blondel La Rougerie, Paris, 1927), appartient à la famille des gadidés qui est représentée principalement sur nos côtes par le merlan (gadus merlangus), les lieus (lieu noir ou charbonnier ou colin, et lieu jaune), le tacaud, le merlu, la lingue ou julienne et le poutassou. ».


Christophe Bertaud, dans un article intitulé La grande pêche à La Rochelle, paru dans « Traces » explique : « La morue a pendant très longtemps tenu une place particulière dans l'économie rochelaise. De nombreux navires, terre-neuvas et islandais composés d'équipages bretons ou normands débarquent à La Rochelle. Le produit de la pêche était préparé puis installé dans des sècheries à l'air libre situées dans les faubourgs rochelais. »
En effet, si « la grande pêche à la morue débute au XVIème siècle avec la découverte des bancs de Terre-neuve et se développe également un siècle plus tard sur les bancs d'Islande. », depuis longtemps, on pêchait déjà la morue en Europe, particulièrement en mer du Nord et en mer d'Islande et ce poisson pouvait aussi parfois faire partie des prises de la pêche côtière même si on le confondait souvent avec d'autres espèces.

 
Le développement de cette pêche avant la Révolution contribua à faire de La Rochelle un grand port morutier d'importation et d'exportation, les morues étant ensuite réexpédiées vers l'Europe du Sud, après avoir été lavées et séchées en Aunis. Et même si « Les guerres de la Révolution et de l'Empire vont porter un coup d'arrêt à ces expéditions de pêche lointaines », aussitôt la paix revenue, la pêche reprit et de 1830 à 1840, trois mille tonnes de morue furent encore débarquées chaque année. Cependant La Rochelle n'armait pas de bateaux pour la « grande pêche » et les morues étaient débarquées par des navires bretons ou normands (navires à voile puis parfois à vapeur à partir de 1904).

 

 


La morue, pêchée à la ligne de chanvre sur les bancs de Terre Neuve, était salée provisoirement sur place et rapportée au port. Mise par paire, elle était ensuite lavée puis séchée et blanchie.


Les morues de Périgny 

À Périgny, on retrouve la trace d'une première sècherie dès 1828. La deuxième sera celle de Mme Bourbier en 1843, Mr Guillotin en créera une en 1844 au Moulin rompu, fief d'Ardennes, alors commune de Cognehors.


Prosper Chauveau demanda à son tour à la préfecture le 29 décembre 1877 l'autorisation d'établir une sècherie de morues à la cabane des Grolles, commune de Périgny, aux abords du chemin de grande communication n°17. Elle lui fut accordée aux conditions suivantes :
« L'atelier de lavage suffisemment grand et élevé sera construit à 120 mètres dudit chemin de grande communication n°17. Il sera dallé sur ciment avec une rigole pour permettre un écoulement facile des eaux de lavage. L'eau y arrivera directement et en abondance. Les résidus solides provenant des lavages seront mêlés à de la terre, du sable ou de la tourbe. Les eaux de lavage seront reçues dans une fosse profonde et couverte ; avant d'y arriver elles traverseront un filtre couvert de 2m3 environ où se déposeront les matières solides en suspension. Celles-ci seront extraites, aussi souvent qu'il sera nécessaire et mélangées à du sable et de la terre pour la fabrication de l'engrais ».


Mr Saunion ouvrit le 1er mars 1898 une autre sècherie aux Grolles, le long du chemin de communication n°20. On remarque sur le plan qu'il déposa à la préfecture qu'un autre établissement existait déjà en face de celui qu'il projetait : il appartenait à Henry Dyon.


En 1904, Clodomir Lagarde, à la tête d'une grosse entreprise bordelaise, Lagarde et Compagnie, s'installa à La Rochelle, « précisément quai Valin, en face du bassin intérieur où accostaient les navires et fonda à son tour de vastes sècheries à l'air libre à Périgny ». Cette technique de séchage sera encore utilisée dans le premier tiers du XXème siècle et plus tard remplacée par des sècheries mécaniques jusqu'à ce que la congélation ne condamne le salage et le séchage.

 

 

 


Les morues donnent le teint frais


On imagine aisément les problèmes de voisinage qui pouvaient surgir en raison des odeurs pestilencielles se dégageant de ces établissements, classés par la préfecture comme « établissements insalubres de 2ème catégorie ». Aussi à chaque demande nouvelle une enquête dite « commodo-incommodo » était obligatoirement diligentée. Le maire devait donner son avis. Nicolas Millet, maire de Périgny, s'adressant au Préfet, le fit en 1848 en ces termes :


« En réponse à votre honorée lettre du 6 avril courant, je m'empresse de vous informer qu'il existe dans cette commune deux sècheries de morues dont l'une remonte à vingt années et l'autre à cinq années. Ces deux sècheries sont dans l'intérieur des terres et n'ont de voisin qu'à une distance de 400 à 500 mètres au plus. Depuis vingt ans j'appartiens à l'administration municipale (huit ans comme maire) : il n'est point à ma connaissance qu'aucune plainte soit parvenue à la mairie. Il y a cinq ans, la deuxième sècherie qui s'est montée a suscité de la part de Monsieur le Préfet d'abord une enquête de commodo & incommodo à la suite de laquelle monsieur le Préfet a autorisé cet établissement par un arrêté en date du 12 juillet 1844.


Les sècheries de morues sont établies en plein champ comme je l'ai déjà dit plus haut. Les laveries ont lieu sous des hangars et où il existe des puits ; les eaux provenant du lavage sont conduites sous terre par des tuyaux qui les portent dans des fossés d'une profondeur de 3 à 4 mètres ; tous les 3 à 4 ans, quand ces fossés sont pleins, les sècheurs qui sont propriétaires en cette commune retirent cette eau par le moyen de pompes et arrosent leurs terres, ce qui leur procure un parfait engrais : la fosse vidée est recouverte de terre et l'on ne s'aperçoit plus de rien. Les deux sècheries de morues qui se trouvent sur ma commune occupent pendant dix mois de l'année 25 mères de famille qui n'ont que ce travail pour élever leurs enfants. Il n'est point à ma connaissance non plus que les femmes et filles qui travaillent aux sècheries soient malades par l'odeur de ce poisson qui je crois au contraire, leur entretient le teint frais. J'ai & signé Millet.
»


Les préocupations environnementales n'étaient guère d'actualité. Et puis, si le teint des femmes restait frais ...

 

 

Commentaires (2)

1. Perignystory (site web) 05/04/2010

Vous avez bien sûr raison ; mea culpa ; correction immédiate !

2. lucas 05/04/2010

A propos du teint frais ... au premier paragraphe : L'avis du maire Nicolas MILLET donné au Préfet doit être plutôt daté de 1848 (que de 1948); erreur de frappe, me semble-t-il.

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