Résistance et Répression

Premiers actes

L'armistice signé le 22 juin 1940, un détachement de la 44ème division allemande, venant de Niort, atteignit La Rochelle le dimanche 23 juin 1940. La ville avait été déclarée ouverte et sa garnison désarmée et consignée à ses quartiers dès le 21 juin. Le seul acte de résistance fut donc celui de Léonce Vieljeux, le maire, qui refusa de hisser le drapeau nazi sur l'hôtel de ville. Les communes avoisinantes, comme Périgny furent occupées en même temps.

Sabotages et attentats

L’action directe de la Résistance se manifesta dès l’été par des attentats contre des soldats allemands et des sabotages.

Quelques jours après sa prise de fonction (le 20 août 1940), le préfet, G.Malik, promulgua un Avis paru dans le journal la Charente-Inférieure du 23 août 1940 : 

" À la population 

De nouveaux actes de sabotage ont été commis aux lignes téléphoniques de l'armée allemande. Ces actes répétés ne peuvent être que l'oeuvre d'individus inconscients. Les autorités allemandes ont pris des otages dans la population et exigent qu'une surveillance soit exercée par les civils francais. 

Si de tels actes de sabotages devaient encore se produire sur les secteurs surveillés, les gardiens de ces secteurs seront traduits devant le tribunal militaire pour y être jugés. 

La population civile est avertie que des mesures très lourdes de conséquences sont envisagées pour le cas ou les actes de sabotage se renouvelleraient.  

Les gardiens incarcérés et les personnes arrêtées comme otages pourront payer de leur vie les gestes stupides des saboteurs. 

Pour éviter de telles mesures, il est du devoir de chaque francais de signaler à l'autorité tout fait de nature à aider à la découverte des coupables. 

Le Préfet, signé  G.Malik"

 

 De nombreuses coupures du câble souterrain téléphonique reliant La Rochelle à Royan étaient la cause de ce communiqué, ainsi que de la constitution d’une « garde civique » destinée à assurer la garde du câble.

Le réseau Fillol

Tandis que le conseil muncipal de Périgny, le 11 novembre 1940, décidait, sur la proposition de l'adjoint Jean Auneau, « d’honorer Monsieur le Maréchal Pétain, chef de l’État français, en donnant à l’ancienne place de la Chaume, le nom de Place du Maréchal Pétain »,  le camouflage de prisonniers de guerre évadés et leur passage en zone libre constituait le premier devoir de la Résistance.

Le commandant Pierre Fillol, Commandant du bureau de recrutement de La Rochelle, avec un groupe de six personnes, leur procurait de faux certificats de position militaire et les dirigeait sur Périgny d’où René Moreau les emmenait au  Thou où ils étaient pris en charge par le maire, Abel Bouyer. Ils passaient ensuite de la ligne de démarcation par le Quéroy, entre La Rochefoucauld et Angoulême. Le groupe utilisait la couverture d'une entreprise de récupération de vieux métaux "Récupémétal" appartenant à Joseph Joanovici. Grâce aux camions qui circulaient de la zone occupée à la zone "libre", ils transportaient des clandestins cherchant à échapper aux Allemands.

Infiltré par un indicateur de la police allemande, soit-disant évadé, le réseau est démantelé en juillet 1941. Le commandant Fillol fut fusillé en 1942 au Mont Valérien tandis qu’Abel Bouyer réussissait à s’évader le 14 février 1942, jour prévu de son exécution.

La Résistance s’organise

Le béton de Todt

Dès Octobre 1941, les premiers U-boots furent accueillis à La Pallice dont la base venait d’être construite entre avril et octobre 1941 par l’organisation Todt et purent assurer leur mission : attaquer les convois anglo-saxons dans l’Atlantique !

Honneur et Patrie

L’hiver 1942-1943 fut utilisé par la Résistance pour mettre sur pied une organisation militaire et une organisation civile.

En novembre 1943, Raymond Bouchet  entra en contact avec Léopold Robinet (socialiste, né en 1899 à Contré) qui le mit au courant de la constitution du groupe "HONNEUR ET PATRIE", puis avec Edmond Grasset du "Comité socialiste clandestin".

 Raymond Bouchet avait été instituteur à Boresse-et-Martron (près de Montendre), déplacé à La Rochelle en décembre 1940, puis révoqué par Vichy en septembre 1942, parce que socialiste et Franc-Maçon. Engagé, en Octobre, au service des Allemands, sur les conseils de son camarade d'enfance Jean Garnier, de Saint-Hilaire de Villefranche qui était en liaison avec Londres, il avait été  affecté à la "Kriegsmarine" au service des plans.

Le groupe "HONNEUR et PATRIE" allait prendre une importance assez grande du fait que son chef, Léopold Robinet, nom de code "Hector Prairial", allait se trouver en même temps responsable départemental.

Périgny : oiseaux exotiques

 Léopold Robinet  s'adjoignit le docteur Eugène et René Moreau, horticulteur à Périgny.

Des sections furent  constituées et celle du secteur Est fut mise sous les ordres de René Moreau, de Périgny.

Le 14 juillet 1943, la BBC diffusait le communiqué : « On connaît les mouchards ». Il s’adressait à une équipe du groupe de résistants « Honneur et Patrie » qui devait, dans la nuit du 15 au 16, aller réceptionner 10 containers d’armes parachutés du côté de Saint-Jean de Liversay : L.Doreau, charron à Luché, Edouard Grasset, Pierre Gauthier, André Robert et Marcel Pacaud constituaient cette équipe ; Ils devaient récupérer 110 mitraillettes, 1500 kg d’explosifs, grenades et munitions ainsi que des pastilles qui avaient la particularité de détruire les batteries, destinées à saboter les accumulateurs des sous-marins et à les obliger à se déplacer en surface. Malheureusement l’atterissage se produisit à 300 m de l’espace prévu aux Brûlots de la Pichonnerie et il fallut travailler tard pour récupérer le matériel  et le camoufler dans un fossé, avant l’aube. Heureusement, lors de la réunion préparatoire, qui avait eu lieu à Périgny chez René Moreau avec Léopold Robinet, la participation du Commandant de gendarmerie Favre avait permis d’éloigner les patrouilles de gendarmerie des lieux du parachutage ce jour-là. Le lendemain,  les armes purent être reprises et  entreposées à  Luché chez  Doreau. Finalement, elles furent transportées à Périgny et nettoyées avant d’être cachées dans les serres  de  René Moreau, chef du secteur Est, au milieu peut-être de sa célèbre volière d’oiseaux exotiques.

C’est aussi dans le cours de ce mois de juillet 1943 que les FTP du groupe Guérit sectionnèrent 75 fils téléphoniques sur la voie ferrée, au Marouillet et 5 à Rompsay.

Nacht und Nebel

La répression  fit rage de septembre 1943 à juin 1944. Les résistants tombèrent sous les dénonciations pour leurs activités contre l’occupant.

Le 10 août 1943, un rapport de vingt pages, avec plans, avait été remis par un commissaire divisionnaire, ex-commissaire central de La Rochelle et son indicateur, le milicien H…, au Colonel Jodkhum, 11 rue des Saussaies à Paris (siège de la Kommandantur de la SIPO-S.D. de Paris [ Sicherheitspolizei, Police de Sécurité allemande regroupant la "Gestapo" (GEheime STAats POlizei) et la "Kripo ("KRI"minal "PO"lizei) la police criminelle qui lutte contre la criminalité, communément appelée Sipo]).

Un groupe de quinze policiers français et allemands se rendit aussitôt à La Rochelle et fit procéder par la Feldgendarmerie à de nombreuses arrestations.

D’un autre côté, un belge, un certain Wendling, , arriva de Paris, accompagnant R. Badier, traqué par la GESTAPO et cherchant refuge à La Rochelle. Wendling se révéla être un agent appointé de l'"Abwehr" (service de contre espionnage de l'Armée allemande).

Enfin, les groupes de Tasdon et de Chaillé les Marais furent dénoncés par le jeune Robert Tarracol, fusillé à la Libération.

Et les arrestations allèrent bon train. Parmi elles, citons celles qui concernèrent diretement Périgny :

Le 16 août, le chef du groupe "Honneur et Patrie", Léopold Robinet, "Hector Prairial", fut arrêté.

Madame Moinet alerta Alcide Pochon qui avisa René Moreau qui, à son tour, prévint le Docteur Eugène, Rambaud, Maudet et Paul Moreau, son frère. René Moreau s'enfuit avec Madame Moreau et gagna un maquis à Souillac dans le Lot. Le Docteur Eugène resta un mois caché chez le dentiste Piquemal avant de rejoindre un maquis dans l'Indre et Loire, près d'Azay-le-Rideau.

Le 18 août, à Périgny, Paul Moreau, qui, bien que prévenu, n’avait pas voulu s’enfuir, fut arrêté à son tour.

Le 20 août,  ce fut celui d’Alcide Pochon.

Ils rejoignirent des centaines d’autres déportés «NN»  (Nacht und Nebel= Nuit et Brouillard) .

 Alcide Pochon mourut le 16 janvier 1945 en détention à Melk.

 Paul Moreau fut déporté à Dachau puis à Melk en Autriche.

Léopold Robinet fut emprisonné à La Rochelle-Lafond (hôpital transformé en prison par les Allemands), il fut transféré à la  prison du Fort du Hä de Bordeaux et fusillé au camp de Souge, près de Bordeaux, le 11 janvier 1944.

Édouard Grasset, qui avait échappé aux arrestations, fut abattu par un milicien le 8 mai 1944 dans une rue de Paris.

La relève

Le groupe G. Dufour revendique le sabotage d'un camion de l'armée allemande dans la cour du château des Gonthières, à Rompsay, le 7 mai 1944.

Voir l'étude complète : Guerre à Périgny.pdf

Commentaires (7)

1. Claude Moinet (site web) 12/04/2015

Bonjour Patrick

Pour votre information le résumé concernant Abel Bouyer est sur le site Musée de la résistance en ligne depuis Octobre 2014.
http://www.museedelaresistanceenligne.org/media.php?media=5590
Il figure aussi sur le Thou
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Thou
CM 12 Avril 2015

2. reinert 05/06/2014

Je viens d'apprendre grace a votre site que mon arriere grand pere René Moreau etait chef de la resistance est de Perigny. C'est un honneur pour moi et ma famille.

3. Jeanjean 17/12/2011

Bonjour

Je recherche le parcours de mon grand père Marcel Pommereul FTP
il fut prisonnier à St Martin de ré vers 1941.1942puis déporté au struthof puis à Dachau j'aimerais savoir si possibles quelles actions il a mené en tant que résistant et comment il a été arrété.
Merci de votre aide
corine

4. Cb 20/11/2011

Malheureusement, contrairement à ce que vous indiquez, le maire du Thou Abel Bouyer n'échappa pas au peleton d'exécution. Une rue du Thou porte aujourd'hui son nom, où on trouve une stèle, anciennement placée sur sa maison à Charmeneuil (Aigrefeuille)

5. Patrice Gorse 17/10/2011

Bravo pour ce site très intéressant.
Je note une imprécision dans l'étude complète "Guerre à Périgny.pdf", qui affirme qu'aucun blockhaus n'a été construit sur le territoire de Périgny.
C'est compter sans le blockhaus construit à la Pommeraie, et qui est resté intact.

6. Périgny Story 05/04/2010

Merci et bien sûr correction immédiate

7. lucas 05/04/2010

ERREUR de frappe à la première ligne : l'armistice signé le 22 juin 1940 (plutôt que 22 juin 1944).

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