Richelieu attaque la porte Maubec par la Moulinette

 "Est-ce que la proposition honnête et modeste d'étrangler le dernier jésuite avec les boyaux du dernier janséniste ne pourrait amener les choses à quelque conciliation ?"       (aurait pu écrire Jean Meslier)

   Lors du grand siège de La Rochelle, le cardinal de Richelieu, dans ses Mémoires, raconte de quelle manière il avait organisé une expédition destinée, à partir de Périgny, à investir  La Rochelle grâce à la prise de la porte Maubec,  "laquelle n'étant pas faite pour servir ordinairement, et restant murée en temps de paix, l'on n'avait pas pris tant soin de fortifier comme les autres."

 

C'est ainsi que le cardinal prépara minutieusement l'affaire pendant plusieurs mois.

 

Dès novembre 1627 il se renseignait auprès de "quatre sauniers, qui n'avaient fait autre métier toute leur vie que de travailler aux marais proches de Maubec, savaient tous les chemins qui conduisaient à la porte et à la grille [qui fermait le passage] et les détours d'un canal qui, entre les marécages, s'allait rendre dans les fossés de la ville.." "…quant à la voûte fermée d'une grille, ils disaient avoir conduit fort souvent des bateaux sur le canal, qui, descendant des sources de Périgny le long de la Moulinette jusque dans le fossé, entrait sous cette voûte dans la ville, et, à quelques trois cents pas de là s'allaient rendre dans le port, d'où le flux de la mer montait par ce canal jusque dans le fossé, et bien loin au-delà."

 

 Après 2 mois de  réflexion, le cardinal mûrit donc son plan d'attaque : 

 

Il envoya chercher à Paris des "pétardiers" parmi les plus habiles, et fit fondre des pétards à Saintes. Il fallait en effet faire sauter la grille.

Puis il envoya en reconnaissance deux de ses gentilhommes, Feuquières qui se fit prendre par les Rochelais et La Forêt qui se fit tuer. 

 

Il se résolut finalement à lancer l'expédition pour la nuit du 11 au 12 mars 1628.

 

"Sur les sept heures du soir, le cardinal alla à Périgny, [dans ses mémoires, le cardinal parle de lui à la troisième personne] où il avait donné le rendez-vous aux chefs pour prendre leur avis sur les occurrences, ordonner des commandements, et voir en quel état étaient les pétards et machines que l'on y avait apportés, comme au quartier le plus proche des lieux de l'attaque, à laquelle on marcha selon cet ordre : à dix heures du soir, Cahusac, Charmassé, Saint-Germain, La Louvière et vingt autres gentilshommes de la maison du cardinal, avec nombre de ses gardes et autres soldats choisis, s'embarquèrent dans cinq chaloupes, sur le canal près de la Moulinette, pour conduire et soutenir les pétards que Banneville et Beauregard avaient chargé d'appliquer à la grille, laquelle étant de bois, on ne pouvait manquer à rompre…que si après le premier coup de pétard, il fut resté autre chose à faire, nos gens en avaient quantité d'autres, et de toutes sortes de tenailles, de marteaux et de haches pour faire promptement le passage, lequel étant ouvert, ces cinquante premiers, bien armés et fort résolus, devaient s'en rendre maîtres, et donner lieu aux troupes qui suivaient d'entrer avec sûreté"…

 

Le cardinal ordonna que ces cinquante hommes seraient soutenus par cinq cents, sous les ordres de Marillac et par 1500 autres commandés par le Maréchal de Schomberg. Quant à lui-même,  il attendrait à la Porte de Cougnes avec mille chevaux et quatre mille hommes de pied.

 

"Sur les onze heures du soir, ledit sieur de Marillac s'avance avec Arnaud et se met à faire deux ponts pour faciliter le passage dans les marais et attendit longtemps les pétards sur le dernier pont à trois cents pas de la contre escarpe." 

 

Jusque là, tout se passait donc comme imaginé par le cardinal.

 

"…mais le malheur voulut que Saint Ferjus, destiné pour l'attaque de la porte Maubec avec Le Limousin et d'autres pétardiers, étant partis de Périgny, entre onze heures et minuit, avec tout l'équipage des pétards et machines, pour arriver au lieu de l'entreprise entre les deux et trois heures du matin… [Trois heures pour deux kilomètres, ça aurait pu le faire] ...se vit abandonné de la plupart de ceux que le Maréchal de Schomberg avait ordonné pour lui aider, et il lui fut impossible dans l'obscurité de les retrouver". [ Forcément, à cette heure-ci, il fait nuit !].

 

L'ineffable cardinal continue son récit :  

 

"De sorte que dans ce travail de chercher du secours, et de faire porter par peu de gens ce qui en requérait quatre fois autant, il employa cinq heures à faire le chemin qu'il eût pu faire en deux fort à son aise, n'ayant à marcher qu'une demi lieue. Sur cela, le sieur de Marillac, n'entendant rien de cette part, alla chercher Cahusac qui avait conduit ses bateaux, deux heures avant le jour, le long du canal de la Moulinette, à deux cents pas du fossé de la ville, et si près, que les sentinelles l'eussent aperçu s'il ne les eût rangés contre la rive, du côté où était ledit sieur Marillac, lequel ne put les voir à cause qu'un ruisseau l'empêcha d'aller sur le bord du canal…" .

 

Affligeant non ?

 

Bref, le jour se levant, Marcillac n'osa pas attaquer et se replia en bon ordre cette fois et sans pertes. Les Rochelais ne s'étaient aperçus de rien ! 

 

Le Cardinal s'en félicita mais rejeta la faute sur Marillac "qui ne fut jamais hasardeux, saigna du nez en cette occasion, et n'osa se hasarder d'entrer en un lieu dont il ne voyait pas la sortie" et sur la volonté divine, Dieu préférant finalement faire mourir de faim les Rochelais : "Dieu voulut changer en une autre manière de châtiment plus convenable à la malice des coupables, qui était si extrême qu'on ne leur pouvait donner de bourreaux moins cruels et plus infâmes que les propres auteurs, se faisant mourir eux-mêmes par la faim et toutes sortes de misères."

 

 

Source : Son éminence le cardinal de Richelieu, Mémoires, Tome VII (1628), Le Siège de La Rochelle, texte établi par Eric de  Bussac, Sources de l'histoire de France, éditions Paléo, Clermont Ferrand, juillet 2003, p 55 à 67.

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