Vincent Depaul dit "Saint Vincent de Paul"

Origine géographique et sociale

Vincent Depaul naquit le 24 avril 1581 à Pouy (entre Mont-de-Marsan et Dax, dans les Landes). Bien que tout au long de sa vie il se prétendit fils de petits paysans, c’était faux. Son père était Jean Depaul, un cultivateur, propriétaire et notable de son village, frère d’Étienne Depaul, un chanoine de Dax, sa mère était fille d’un « cavier », c’est-à-dire d’un chevalier titulaire d’une terre noble, sœur de cavier et ayant un autre frère avocat à Dax. Les suzerains de la famille étaient les De Gramont, autoproclamés Princes de  Bidache (au Pays Basque sur la Bidouze), famille dont l’un des membres était évêque commendataire de Tarbes. Vincent était donc dès son enfance bien introduit dans les milieux ecclésiastiques.

Études

Après des études à Dax où il était aussi précepteur des enfants de M. Comet, juge de Pouy, Vincent se dirigea vers les ordres. Ilfut tonsuré (nommé diacre), non pas à Dax, dont l’évêque n’avait pas reçu ses Bulles de Rome, mais à Bidache, et non pas par l’évêque d’Aire, mais par Salvat Diharce, évêque de Tarbes bien que Tarbes fût plus loin de Dax que Aire. Le nouvel évêque de Dax, Jean-Jacques Du Sault, arrivé en janvier 1600, avait mit le Chapitre en révolte pour “abus de pouvoir”, refusant toute participation à ses offices à la Cathédrale. L’Évêque ne pouvait donc pas officier, et les procès durèrent trois ans.

Vincent attendit un peu, puis chercha un autre évêque, voyant que l’affaire traînait. Ses relations l’ammenèrent à François de Bourdeilles évêque de  Périgueux. Il fut ordonné prêtre le 23 septembre 1600,à 19 ans.Il put alors obtenir le baccalauréat en théologie et en 1604, une licence d’enseigner le 2ème livre de sentences de Pierre Lombard (livre écrit vers 1146 compilant 44 sentences ayant pour thème la Création). Il se lança alors comme enseignant de ce livre à Toulouse.

Esclave en Afrique ?

Mais en 1605, en juillet, il aurait, selon ses dires, été capturé par des pirates barbaresques qui l’auraient emmené en captivité comme esclave en Tunisie. Ayant réussi néamoins à s’échapper et à traverser la Méditerrannée en compagnie d’un renégat, il parvint en juillet 1607 en Avignon. Comme le dit un de ses « biographes », à propos de cet épisode de sa vie, qui a souvent été mis en doute, «on ne peut pas prouver que ce n’est pas vrai».

Les premiers réseaux

Sitôt parvenu en Avignon, il se lia avec le Nonce qui l’emmèna aussitôt avec lui à Rome où il allait évoluer dans le monde des Cardinaux.

En 1608 il arriva à Paris. Il aurait alors été nommé distributeur d’aumônes de la Reine Marguerite (la « Reine Margot »), dans le palais de qui il aurait alors vêcu. Cette nomination est cependant contestée par certains historiens, car il semblerait qu’il n’y en ait aucune trace aux Archives Nationales. Néanmoins, il serait parvenu à cette faveur grâce à l’évêque de Dax, Jean-Jacques Du Sault, qui était premier aumônier de la Reine.

Voleur ?

On le retrouve en 1609 toujours à Paris, toujours sans le sou, puisqu’il doit louer une chambre chez un «compatriote», le juge de Sore (petit village des Landes), dans le quartier Saint-Germain. Le juge fut alors victime d’un vol et il accusa Vincent Depaul de l‘avoir commis. Soupçonné par l’autorité ecclésiale, celui-ci se vit obligé d’entendre un monitoire lu trois semaines consécutives à la messe dominicale par le curé (en droit canon, un monitoire était un avertissement public demandant, sous menaces de peines canoniques, de faire connaître, au nom du bien commun, tout ce que l’on pourrait savoir à propos d’un délit dont l‘auteur était inconnu ou introuvable) ; c’était un appel à la délation. Il ne fut dénoncé par personne mais il accusa à son tour du vol un apprenti apothicaire du voisinage.

Il fréquentait alors Pierre de Bérule « le jésuite masqué », futur cardinal et fondateur de l’Oratoire destiné à lutter contre l’hérésie protestante.

Abbé de Saint-Léonard

On ne sait ni pourquoi ni avec quel argent il put effectuer cette transaction, mais toujours est-il qu’en mai 1610, Paul Hurault de l’Hôpital, Conseiller d’État au Conseil du Roi et archevêque d’Aix-en-Provence avec qui il s’était lié et qui détenait la commende de l’abbaye de Saint-Léonard des Chaumes, dans la paroisse de Dompierre, près de Périgny, accepta de la résilier  en sa faveur. Il signa le 14 mai 1610 un contrat par lequel il reçevait les titres, rentes et obligations et devenait donc abbé de Saint-Léonard des Chaumes. Il y était stipulé que l’église était en ruines et qu’il faudrait exploiter les terrains abandonnés pour produire annuellement 3500 livres de rente.

Il ne parvint pas à recouvrer cette rente et dès 1611, commencèrent de longs  procès pour Saint-Léonard qui l’obligèrent à effectuer quelques voyages à La Rochelle.

Entrée comme précepteur dans la famille Gondi

Pierre de Bérulle lui proposa alors la cure de Clichy, qui lui fut attribuée le 11 novembre 1611 mais où il n’apparut qu’en mai 1612 et qu’il abandonna très vite, Bérulle le faisant entrer comme précepteur dans la famille du Général des Galères royales, Philippe Émmanuel de Gondi, comte de Joigny, marquis de Belle-Île et titulaire de nombreuses autres seigneuries. Il n’avait en fait la charge que d’un enfant, Pierre de Gondi, âgé de 11 ans, Henry de Gondi n‘ayant que 2 ans et demi et Jean-François Paul de Gondi ne devant naître que le 20 septembre 1613. Très vite il devint indispensable à madame de Gondi surtout – Monsieur de Gondi étant aux prises, en temps que général des galères, en cette année 1613, avec les Barbaresques et il s’attira les faveurs de la famille. Dès 1612, Madame de Gondi, (Françoise-Marguerite de Silly, trente ans environ), pensa en faire son directeur de conscience.

Vincent avoua avoir traversé alors entre 1611 et 1616, une « crise de spiritualité ». Il fréquentait en outre à cette époque André Duval, docteur en théologie de la Sorbonne tout en continuant sa relation avec Bérulle.

Le tissage de la toile

En 1614, la famille Gondi lui fit obtenir les revenus de la cure de la paroisse de Gamaches, dans le diocèse de Reims, puis ceux de la charge de chanoine de l’église collégiale d’Écouïs, dans l’Eure en 1615. Il s’habituait à s’adresser au public par des prêches dans les terres des Gondi, à Montmirail en particulier.

En 1616, il renonça à l’abbaye de Saint-Léonard des Chaumes qui était décidément de trop peu de rapport. Il fut nommé cette année-là à la charge d’aumônier général des galères.

Au printemps 1617, Bérulle offrit à Vincent le poste de curé de Châtillon les Dombes (entre Lyon et Mâcon). Il quitta alors la famille de Gondi sans même prévenir madame de Gondi et alla prendre possession de la cure. S’apercevant qu’elle ne rapportait que 500 livres annuelles, il encouragea alors les dames du lieu à créer une association pour trouver des subsides. Les dames de la Charité furent officialisées le 8 décembre 1617. Mais Madame de  Gondi le rappela à ses devoirs de précepteur et il revint à Paris le 23 décembre 1617.

Le créneau de la Charité

En relations en 1618 avec de nombreux évêques, particulièrement ceux de Sens et de Soissons puis celui d’Amiens en 1620, il fonda de nombreuses maisons des Missionnaires de la Charité. Il prit position contre les jansénistes et eut un rôle particulier dans l’appréciation du rôle des évêques, de leur nomination et de leurs rapports avec la papauté. Il fonda le 17 avril 1625 la « Congrégation de la Mission » et occupa le créneau de la charité en organisant en Île de France un réseau de donations dont il confia la direction à Louise de Marillac, âgée alors de 33 ans et jeune veuve dès 1625. « De 1625 à 1629, Vincent réussit peu à peu à tourner « mademoiselle Le Gras », alias Louise de Marillac,  vers le salut des autres plutôt que vers sa propre piété ou son inquiétude maternelle, si bien que, dans une lettre du 6 mai 1629, il en faisait solennellement sa chargée de mission auprès des dames de la Charité ».

Issues de la noblesse et de la bourgeoisie, ces dernières s’engageaient à donner de leur temps au service corporel et spirituel des pauvres, mais certaines envoyaient leurs servantes ou leur faisaient faire la cuisine plutôt que de la préparer elles-mêmes. Mais mademoiselle Le Gras, qui arrivait généralement chargée de vêtements et de remèdes, réunissait ces dames, les écoutait et les encourageait à voir le Christ à travers les pauvres qu’elles servaient, puis elle passait les comptes en revue. Elle forma des maîtresses d’école pour instruire les jeunes filles. La compagnie des filles de la charité naquit finalement le 29 novembre 1633.

Homme de la Fronde

Trop lié au parti des dévôts, dont Marillac était un des chefs de file, il fut d’abord mis sur la touche par le Cardinal de Richelieu.

Après la mort du cardinal, en 1642, et celle de Louis XIII (Il assista à ses derniers instants) en 1643, il fut appelé au Conseil de Conscience par la Régente Anne d’Autriche en compagnie du chancelier Seguier, de Jacques Charton, de l’évêque de Beauvais Augustin Potier et du cardinal de Mazarin. Il en profita pour faire nommer ses amis à des évêchés, tel Fançois Perrochel à Boulogne. Son ancien pupille, Jean-François Paul de Gondi devint coadjuteur de son oncle après 1643 et lui succèda à sa mort en 1654 en devenant cardinal de Retz. C’est lui qui signa le 18 janvier 1655 le document approuvant la confrérie autonome des filles de la Charité.

Vincent Depaul  participa aussi à la Fronde et dut d’ailleurs s’enfuir à cheval en janvier 1649 avec frère Ducourneau, son secrétaire, et se réfugier à Richelieu.

C’est en raison de cette implication aux côtés des frondeurs qu’il sera exclu en 1652 du Conseil de Conscience.

Il mourut le 27 septembre 1660. Il se faisait appeler Vincent de Paul.

Naissance de Saint Vincent de Paul

Après avoir été béatifié le 13 août 1729 par le pape Benoît XIII, Vincent fut proclamé saint (canonisé) par le pape Clément XII, le 16 juin 1737,  tandis que Jeanne de Marillac l'avait été dès 1734.

Commentaires (1)

1. René Connat (site web) 23/03/2012

Bonjour Monsieur
Dans votre site à propos de Saint-Vincent de Paul, vous citez l'archevêque Paul de l'Hôpital abbé commandaté de Saint-Léonard.
Je fait actuellement une étude sur un banquier en cour de Rome nommé Constantin Chevalier dont la spécialité est précisemment d'acquérir des biens religieux. Or le 2/5/1645, les héritiers de ce banquier reçoivent une partie de la succession de l'archevêque, en l'occurence des terres en Bretagne.
Si à tout hasard cette recherche vous intéresse, me contacter .
Merci de votre attention. Cordialement RC

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