Une histoire de l'adduction d’eau à Périgny

 « Périgny-les-eaux »

 Une expertise réalisée par le cabinet Marquié, Viennot et Boisselier, indiquait en 1896 que « La vallée de Périgny est creusée à travers les assises calcaires qui affleurent sur le flanc des côteaux. Les prairies qui, dans les parties basses s’étendent jusqu’aux marais salants de Tasdon, sont constituées par des alluvions marines, de nature argileuse, nommées bri.

L’épaisseur de la couche de bri atteint 5 m et le thalweg de la vallée est, à hauteur de Périgny, à 3,30 m au-dessus du niveau moyen de la mer. (Zéro du nivellement général de la France).

 Des lambeaux de terrain pliocène [2,5 millions à 5,3 millions d’années] argilo-sableux, plaqués ça et là sur le versant du côteau, jusqu’à Beauregard, alimentent un ruisseau qui, entre Villeneuve [il s’agit ici d’une section du bourg de Périgny proche de Saint-Rogatien, et non de Villeneuve-les-Salines qui n’existe pas encore] et Périgny, reçoit plusieurs sources importantes dont une ne tarit que dans le mois d’août.

 À partir du Morillon, ce ruisseau suit la rive gauche de la vallée à travers le bri, jusqu’à la ferme de la Moulinette qui lui donne son nom, et se jette dans le chenal des marais salants de Tasdon, à quelques mètres en aval de la ferme.

Les eaux qui coulent souterrainement dans la vallée de Périgny […] proviennent d’une nappe très étendue que contiennent les côteaux situés entre la vallée d’Aigrefeuille et le canal de Marans à La Rochelle. »

Louis Arcère, quant à lui, notait d’ailleurs au milieu du XVIIIème siècle : « La Paroisse de Périgni est voisine de la Rochelle, & située dans un terrein bas ou petit vallon marécageux. Un grand nombre de maisons de campagne, des bosquets & de belles eaux en rendent le séjour agréable ».

Depuis longtemps en effet, les sources de Périgny et de Rompsay ont servi à l’alimentation en eau de La Rochelle.

Fontaines

Dès le XVème siècle, ces eaux alimentaient deux fontaines, celle de la Salaude, près du marché et la fontaine Maubec.

Aménagé et couvert en 1622, le puits ou fontaine Maubec était placé près de la porte du même nom, à l'extrémité de la rue Saint-Louis (côté canal actuel). Elle fut démolie en 1689. En 1824 on découvrit, en creusant au Petit-Saint-Eloy, des conduits en terre cuite qui appartenaient à cette fontaine et provenaient de Rompsay.

Les sources de Rompsay

Le ruisseau de Rompsay prenait sa source aux Brandes, passait aux Gonthières et se confondait ensuite avec le tracé actuel du canal de Marans à La Rochelle. D’autres sources existaient qui furent asséchées avec la construction du canal. En 1767, l’ingénieur Massivet établit un plan pour l’utilisation des sources de Rompsay, qui paraissaient plus faciles à exploiter que celles de Périgny.

Assèchement des puits

À la mise en eau du canal de Marans, les puits, surtout ceux de Rompsay, se tarirent et durent être approfondis pour faire face à l’effet de drain exercé par le canal, ce qui amena le Conseil municipal de Périgny à envoyer au préfet,  le 5 décembre 1864, le vœu suivant :

« Le conseil, vu les nombreuses réclamations des habitants de cette commune, sollicite de l’administration supérieure qu’une hauteur d’eau convenable soit retenue dans le canal de Marans à La Rochelle, car par suite du dessèchement, depuis quelques semaines, les puits,  fontaines et viviers sont presque atterris [sic]. Le préjudice que cause cet état de choses à l’agriculture et à l’industrie privée est tellement regrettable que nous exprimons le vœu le plus ardent pour le faire cesser au plus tôt et voir le prompt achèvement du canal… »

La prise d’eau des Grolles à Périgny

À partir de 1884, les sources de Lafond s’avérant être insuffisantes pour alimenter La Rochelle, une prise d’eau fut créée sur la Moulinette, dans la commune de Périgny, près de la ferme des Grolles, sur un terrain appartenant à Monsieur Neaud, qui fut exproprié. (Il est situé entre l’actuelle chaufferie collective de Villeneuve-les-Salines et la Moulinette).

 Un puisard, dans lequel un tuyau d’aspiration parvenait à 9 m de profondeur rencontrait des « sources » qui paraissaient très abondantes. Ces eaux provenaient de la nappe alimentée par la vallée de la Moulinette. Une machine à vapeur de 27 chevaux fut installée pour actionner des pompes aspirantes et foulantes,   d’un débit de 150 m3 à l’heure. L’eau était ensuite conduite par une canalisation de 30 cm de diamètre et de 3 500 m de long jusqu’au réservoir de la Glacière, à La Rochelle.

En 1889, on installa une machine plus puissante. Il s’agissait de faire face à l’augmentation de la demande engendrée par l’ouverture imminente du port de La Pallice, la construction des quartiers ouest et l’arrivée du chemin de fer. La machine, de 45 chevaux, actionnait quatre pompes refoulant désormais 276 m3 à l’heure.

La dépression engendrée par la mise en marche des pompes se faisait sentir dans les puits en amont jusqu’à 500 m de distance. Des réclamations, émanant d’un syndicat de propriétaires pérignaciens dirigé par Monsieur Bonnin et le procès qu’il intenta, n’aboutirent pas.

La galerie des Grolles

En 1895, sur les conseils de Monsieur Maynard, conducteur de travaux aux Ponts et Chaussées, le maire de La Rochelle, Alcide Charles Jean d'Orbigny, fit creuser aux Grolles une galerie pour recueillir les eaux de surface, sensées être moins salées. Elle mesurait 30 m de long sur 3 ou 4 m de large. Le puisard précédent fut alors partiellement abandonné. Mais l’eau de la galerie devenait saumâtre pendant l’été.

Cette galerie fut agrandie en 1915 par des prisonniers de guerre allemands.

Mais en 1919, la sècheresse provoqua l’envahissement de la galerie par l’eau salée et son abandon. La contamination de l’eau par le sel avait été agravée par le creusement d’un puits profond, effectué par l’armée américaine alors en cantonnement près de la gare, puits qui,  après avoir traversé l’eau salée en surface, et surtout la couche imperméable, avait, en pénétrant jusqu’à l’eau douce de la nappe, provoqué le mélange des deux eaux. Ce lieu est connu sous le nom de « trou des Américains ».

La galerie des Grolles fut donc définitivement abandonnée en 1922, malgré un projet de remise en marche élaboré en 1929 par M.Verron, président d’une commission municipale.

Le captage de Varaize

En 1922, les machines furent déménagées, la ville de La Rochelle ayant creusé une nouvelle galerie souterraine à 8 m de profondeur, de 100 m de long, à Varaize, toujours dans la commune de Périgny. Elle fournissait 5 000 m3 par jour en 1940.

De nos jours, l’usine de Varaize appartient toujours à la ville de La Rochelle et lui fournit 165 000 m3 d’eau par an ce qui représente 10% de ses ressources en eau.

Et les habitants de Périgny ?

À l’exception de deux puits situés sur les querreux (cours privées ou publiques communautaires où se développait la vie d'un quartier ou d'un hameau), de la rue du canton et du hameau de la Caillaude, les équipements d’alimentation en eau à Périgny relevaient du domaine privé.

Les habitants de ce bourg semblaient en effet suffisamment prospères pour posséder des puits particuliers, si l’on en juge par le grand nombre de domaines associant résidence d’agrément et exploitation agricole.

Si les Rochelais bénéficièrent d’une première adduction d’eau dès 1863 grâce au projet Potel et grâce aux eaux de l’usine des Grolles à Périgny à partir de 1884, et si un syndicat d’eau était créé à La Jarrie dès 1936 avec 5 autres communes : Bourgneuf, Clavette, Montroy, La Jarne et Croix-Chapeau, jusqu’en 1954, les habitants de Périgny, comme ceux de la plupart des communes aunisiennes, allaient encore chercher l’eau au puits. Ce n’est qu’avec l’adduction, 10 ans après la deuxième guerre mondiale, que l’on prit l’habitude d’ouvrir le robinet.

Histoire d’une gestion

Le syndicat départemental de l’eau

Créé sous l’impulsion d’André Dulin, l’omni-sénateur radical, il vit le jour dès 1949 sous la forme d’un syndicat intercommunal d’étude pour l’adduction d’eau avant de se muer en syndicat départemental de l’eau, véritable constructeur de l’adduction d’eau dès 1950 et de se doter en 1954 d’une Régie d’Exploitation des Services de l’Eau : la RESE.

Le Syndicat Intercommunal d’Adduction d’Eau de La Rochelle région Nord

Un syndicat secondaire se constituait parallèlement en 1952 pour l’adduction d’eau. La commune de Périgny adhéra le 15 mai 1952 à ce syndicat constitué alors entre les communes de La Rochelle, Charron, Esnandes, Marsilly, Nieul-sur-Mer, L’Houmeau, Lagord, Vérines, Sainte-Soulle, Dompierre-sur-Mer, Saint-Médard d’Aunis, Saint-Christophe, Périgny et Saint-Rogatien. Il s’était fixé pour tâche la construction d’un réseau d’alimentation en eau potable.

 Par traité du 20 mars 1954, approuvé le 15 avril 1954 par l’autorité de tutelle, c’est-à-dire le préfet,  et modifié successivement par trois avenants, le syndicat intercommunal de la région Nord de La Rochelle, dont le président était Bernard de Saint-Affrique, avait déjà délégué à la Société d’Aménagement Urbain et Rural (la Saur), dont le PDG était Paul Crussard, la gérance de son réseau de distribution publique d’eau potable. Le syndicat étant alimenté par de l’eau provenant de Vendée, le contrat définissait les conditions d’exploitation des ouvrages généraux d’amenée d’eau de Vendée et la station de relevage d’Esnandes.

 Par délibération du 22 février 1975, prenant effet au 1er octobre de 1974, le syndicat de la région Nord de La  Rochelle, dont le président était alors Michel Crépeau, remit au syndicat d’adduction, de distribution d’eau potable et d’assainissement de la Charente-Maritime, au syndicat départemental, donc, les ouvrages généraux d’amenée d’eau de Vendée et la station de relevage d’Esnandes.

Un nouveau contrat était conclu avec la Saur, dont le PDG était alors Jacques Tribut, pour une durée de vingt ans tacitement reconductible par tranches de cinq ans jusqu’à un maximum de trente ans. Entré en vigueur au 1er octobre 1974, il courait donc théoriquement jusqu’au 1er octobre 2004.

Le contrat qui liait le syndicat La Rochelle-Nord à la Saur a  été reconduit sous la présidence de Michel Rogeon, par un avenant, la Saur étant devenue Saur Fance, avec effet le 1er janvier 1995 et expiration le 31 décembre 2009.

La ville de La Rochelle se retira du syndicat en 2001. (Elle payait 250 000 francs par an d’adhésion alors qu’elle possédait sa propre régie, « une aberration » selon Alain Bucherie, adjoint au maire de La Rochelle, responsable de la distribution de l’eau).

Reporté d’un an à la suite de la bataille d’opinion menée par le Collectif Eau Publique 17 (CEP 17) nouvellement constitué en septembre 2008, en faveur d’un débat sur la possibilité d’une gestion publique, le contrat de DSP a néanmoins été renouvelé en 2010 par le SIAE La Rochelle-Nord, présidé par Christian Grimpret, avec la Saur, devenue une filiale de Séché Environnement, pour une durée de 12 ans et s’achèvera donc en 2022.

De 1954 à 2022, l’exploitation des usagers par la Saur aura donc duré au moins 68 ans !

Comment se présente actuellement la gestion de l’eau potable à Périgny ?

Il y avait 2 UGE (Unités de Gestion) à Périgny jusqu’en 2010, une seule après 2010 :

  1. Le Syndicat Intercommunal de La Rochelle Nord. Il couvre aussi 17 autres communes, dont 12 de la CDA (Aytré, Dompierre-sur-Mer, Esnandes, L’Houmeau, Lagord, Marsilly, Nieul-sur-Mer, Puilboreau, Saint-Rogatien, Sainte-Soulle, Saint-Xandre, Andilly) et 6 de la Plaine d’Aunis (Charron, Longèves, Saint-Médard-d’Aunis, Saint-Ouen-d’Aunis, Vérines et Villedoux).
  2. La mairie de La Rochelle pour le réseau de Périgny-Zone industrielle et celui de la mairie de Périgny.

La loi Sapin de 1991 indique que chaque unité de gestion doit effectuer le choix entre une gestion publique et une gestion privée par délégation de service public (DSP).

Tandis que l’UGE de La Rochelle a choisi la gestion publique en confiant la gestion de l’eau à sa régie communale, l’UGE du Syndicat Intercommunal d’Adduction d’eau de La Rochelle-Nord, a au contraire choisi la gestion privée et a délégué le service public à la Saur.  

Périgny compte cinq  UDI (unités de distribution de l’eau) :

     1.Le réseau d’Andilly-Puilboreau dessert en totalité Andilly, Dompierre-sur-Mer, Longèves, Puilboreau, Saint-Ouen d’Aunis, Saint-Xandre, la partie nord de Périgny Rompsay et Chez Machet à Saint-Médard-d’Aunis.

L’installation se nomme réseau d’Andilly-Puilboreau.

L’eau provient du canal de l’UNIMA et de la retenue d’eau de Saint-Hippolyte – du Pont du Brault à Charron (eau provenant de Vendée) – du Pont du Sablon à Taugon (eau provenant de Vendée).

La commune de prélèvement pour le contrôle de la qualité de l’eau de cette UDI est Saint-Médard-d’Aunis.

Le service public de distribution est l’AI de La Rochelle Nord, le responsable de distribution est la Saur, le maître d’ouvrage est le SIAEP de La Rochelle Nord.

      2. Le réseau d’Aytré-Périgny-Saint-Rogatien dessert Aytré et Saint-Rogatien en totalité, Périgny sauf Rompsay et la Zone industrielle.

 L’installation se nomme réseau d’Aytré-Périgny-Saint-Rogatien.

L’eau provient des captages de Varaize à Périgny – Sorins F2  Liberneuil F3 et Plantis du Péré F4 à Taillebourg – Coulonge F1 à Saint-Savinien. Coulonge sur Charente à Saint-Savinien (prise d’eau de la Charente).

La commune de prélèvement pour le contrôle de la qualité de l’eau de cette UDI est Aytré.

Le service public de distribution est l’AI de La Rochelle Nord, le responsable de distribution est la Saur, le maître d’ouvrage est le SIAEP de La Rochelle Nord.

     3. Le réseau de Périgny-Zone Industrielle dessert la zone industrielle de Périgny.

L’installation se nomme Réseau de Périgny ZI.

L’eau provient de Varaize-P à Périgny – Coulonge-sur-Charente à Saint-Savinien (prise d’eau de la Charente) – Coulonges F1 à Saint-Savinien – Sorins F2 – Liberneuil F3 et Plantis du Péré à Taillebourg – Bois Boulard à Anais – Faise G1 et Fraise P2 à Vérines – Les Rivières d’Anais- P à Anais.

La commune de prélèvement pour le contrôle de la qualité l’eau de cette UDI est Périgny.

Le service public de distribution est l’AC de Périgny ZI, le responsable de distribution était la mairie de  La Rochelle jusqu’en 2010, et l’AI de La Rochelle Nord depuis le nouveau contrat avec la Saur. Le maître d’ouvrage est le SIAEP de La Rochelle Nord.

(C’est ce réseau qui a servi de prétexte officiel à Christian Grimpret pour repousser l’échéance du contrat avec la Saur en l’incluant, ainsi que la zone commerciale de Puilboreau, dans le nouvel appel d’offres.)

    4. Le réseau de Périgny-Mairie dessert uniquement la mairie de Périgny.

L’installation se nomme réseau de Périgny-mairie.

La commune de prélèvement pour le contrôle de la qualité de l’eau de cette UDI est Périgny.

Le service public de distribution est l’AC de Périgny-mairie, le responsable de distribution est la mairie de La Rochelle, le maître d’ouvrage est le SIAEP de La Rochelle Nord.

   5. Le réseau de Périgny-Rompsay Sud dessert la partie sud du canal de Rompsay.

L’installation se nomme réseau de Périgny-Rompsay.

L’eau provient de Fraise G1 et Fraise P2 à Vérines – Bois Boulard à Anais – Les rivières d’Anais-P à Anais.

La commune de prélèvement pour le contrôle de la qualité de l’eau de cette UDI est Dompierre-sur-Mer.

Le service public de distribution est l’AI de La Rochelle Nord, le responsable de distribution est la Saur, le maître d’ouvrage est le SIAEP de La Rochelle Nord.

Imbrogli…eau

On voit donc que l’eau qui parvient aux robinets pérignaciens n’a pas une origine unique et qu’il est bien difficile de retracer son parcours réel. D’autant plus que le circuit départemental est interconnecté. Ce qui signifie que l’eau produite par l’usine de Saint-Hippolyte peut être vendue par le syndicat départemental à une UGE différente, qu’il en va de même pour l’eau produite à Diconche, l’usine saintaise exploitée par Véolia ou à celle de Coulonges exploitée par la Saur au nom de la CDA qui revend cette eau à La Rochelle mais aussi au SIAE La Rochelle-Nord,  etc. L’eau produite à Varaize, commune de Périgny alimente son propriétaire, la commune de La Rochelle, qui, éventellement, la revend au SIAE La Rochelle-Nord pour alimenter… Périgny entre autres. Vous avez dit imbroglio ?

Conclusion provisoire

Après 146 ans d’adduction d’eau à La Rochelle (en régie publique), et 56 ans à Périgny comme dans le reste de l’Unité de Gestion du syndicat Intercommunal d’adduction d’eau de La Rochelle Nord (en DSP à la Saur), il serait sans doute temps, comme le réclame CEP 17,  de réfléchir à une meilleure gestion, avec une assiette optimisée (choix de la taille du territoire), respectueuse de l’environnement et soucieuse de la préservation de la ressource mais aussi tenant compte de la spécificité de l’eau qui ne saurait être une marchandise comme les autres et donc en tenant compte de sa dimension sociale.

Il faudra, pour ce faire, intégrer aussi le versant de la recherche, celui de la production et celui du traitement des eaux usées.

 

Annexes : les protagonistes

 

       I.            Le SIAE La Rochelle-Nord, chasse gardée des radicaux de gauche ?

Ce syndicat a, depuis 40 ans, toujours été présidé par un élu radical de gauche. Michel Rogeon avait succédé à Michel Crépeau, Christian Grimpret a succédé à Michel Rogeon.  Son vice-président est Yann Juin, président des élus radicaux de gauche en Charente-Maritime . (Notons aussi que le syndicat de La Jarrie, qui a une régie publique autonome, a pour président le radical de gauche André Brisson, tandis que le syndicat d’Angoulins-Châtelaillon qui est en régie publique pour Angoulins et en DSP à la Saur pour Châtelaillon, est présidé par Marie-Claude Bridonneau, radicale de gauche).

      II.            Christian Grimpret

Né en 1947, Ingénieur des travaux agricoles à la retraite, (spécialiste de la protection des végétaux) maire de Sainte-Soulle depuis mars 2001, il s’est présenté aux élections municipales avec l’étiquette du Parti Radical de gauche. Membre du Comité de bassin Loire-Bretagne au titre des communes du littoral, il est le 10ème Vice-président de la CDA de La Rochelle, chargé de l’assainissement pluvial et de la production d'eau potable. Il est aussi le représentant des maires à la commission du département de la Charente-Maritime spécialisée pour la protection des captages d’eau destinée à l’alimentation humaine.

Il considère que le syndicat assure la gestion publique de l’eau puisqu’il conserve la maîtrise des achats d’eau, celle du prix de l’eau et celle du choix du délégataire. Il estime que le débat doit rester confiné entre les élus et centré sur le prix facturé et surtout ne pas déborder sur des aspects qu’il baptise « idéologiques », c’est-à-dire qu’il ne doit pas aborder le principe de la gestion privée pour toute entreprise : faire des bénéfices.

Ceci ne l’empêche pas de déclarer à Sud-Ouest qu’une remise du service public en gestion publique, serait catastrophique en cas de grève ! Est-ce pour atténuer cette arrière-pensée très droitière qu’il déclarait aussi  en mars 2009 : « L’eau est un sujet très politique…Il est préférable de faire jouer la concurrence, mais c’est vrai, la bonne échelle pour aborder cette question est peut-être celle du département. » Une opinion partagée, poursuit Sud-Ouest, par Guy Denier.

   III.            Guy Denier et la municipalité de Périgny

Né en 1948, « cadre de santé » à la retraite, maire de Périgny depuis 2008, mais conseiller municipal depuis 1977, il s’est présenté aux élections municipales avec l’étiquette du Parti Radical de gauche dont il est responsable départemental pour la communication.

 

Épousant au premier abord les positions prises par son collègue du Parti radical de gauche maire de Sainte-Soulle en faveur de la délégation de service public, Guy Denier esquive tout débat sur la question. Lorsqu’à une session du conseil municipal, en 2008, Daniel Vince, conseiller municipal et président de CEP 17, demanda qu’un débat politique se tienne à l’occasion de l’échéance du contrat avec la Saur, Guy Denier estima que « les élus délégués (Paulin Deroir [PS] et Béatrice Muset [trésorière départementale des Verts]) au syndicat  devaient suffire à  défendre l'intérêt général des usagers : le prix de l’eau, les conditions de distribution, les conditions de qualité et que l’adhésion de la commune au syndicat n’a pas à être remise en cause ». Christine  Berger, adjointe au maire, ajouta que « le rôle du délégué est de participer aux commissions du Syndicat, que fin février 2009 des choix seront faits, que les délégués sont chargés d’informer les membres du conseil et que Monsieur le Maire a prévu d’informer la population à travers le Périscope et la Lettre du Maire. » Autrement dit : « Circulez, il n’y a rien à voir ». D’autant plus que Guy Denier indiquait dans la foulée sa conception de la démocratie : « Je préfère la démocratie représentative qui est une des formes démocratiques la moins pire. La démocratie directe a ses avantages mais aussi beaucoup d’inconvénients. »

  IV.            La régie communale de La Rochelle

Depuis 1864, la Ville de La Rochelle assure elle-même la production et la distribution de l'eau potable aux Rochelais.

En 1944, pourtant, la municipalité dirigée par René Godard décida de déléguer la gestion à la Lyonnaise des Eaux, malgré le plaidoyer du conseiller municipal M. Gelezeau : « La Lyonnaise, filiale et filleule d’un gros établssement de crédit-comme toutes ses pareilles : État dans l’État-n’est point composée de philanthropes, mais bien de spéculateurs, qui n’ont pas de cadeau à nous faire, ni de libéralités à offrir aux usagers. En fin de compte, ce sont ces derniers qui acquitteront et les dividendes des actionnaires et les redevances qu’encaisserait, le cas échéant, le Conseil municipal. » « Bien sûr, lui répondit Maître Méchadier, c’est une société privée, mais cela c’est de la philosophie et nous ne sommes pas là pour en faire ». De fait, le prix n’était, lui, guère philosophique et devait passer de 2,50 francs à 4 francs le m3. La négociation finit cependant par avorter, la Lyonnaise n’ayant pu tenir ses promesses de trouver et exploiter l’eau de La Jarne, la guerre n’étant pas encore achevée.

On en resta donc à la régie.

Elle employait 45 personnes en 2010. Selon son directeur, Philippe Herviou, « le prix de l’eau [à La Rochelle] est inférieur de 40% à celui pratiqué par les communes [qui ont délégué à la Saur]. Le service public dégage des bénéfices qui sont réinvestis pour en améliorer la qualité et permettre une politique à long terme. » (Cognac, colloque sur les services publics).

Les ressources en eau de la ville viennent principalement de l’ensemble de production d’eau de Coulonge-sur-Charente (commune de Saint-Savinien) (75%)  qui appartient à la Communauté d’Agglomération de La Rochelle et a fait l’objet pour son exploitation d’une délégation à la Saur. Le contrat a été renouvelé par la CDA le 1er janvier 2010.

La ressource en eau est complétée par les captages souterrains que la ville exploite depuis de nombreuses années en Aunis : Ceux de Fraise (15%), situés sur les communes de Vérines et Anais, et celui de  Varaize (10%), situé sur celle de Périgny.

    V.            La Saur

La Société d’Aménagement urbain et rural, a été créée en 1933. Spécialisée dans les métiers de la production et de la distribution de l’eau potable, et du Traitement des eaux usées elle s’est développée au niveau international dans les années 1960-1970. Passée dans le giron du groupe Bouygues en 1984, elle se « diversifia » encore et créa la COVED.

 En 1994, c’était la création de Saur International suite à un accord entre EDF et Bouygues et en 1997 le groupe absorba la Cise (filiale de Saint-Gobain) et devint le troisième prestataire de services auprès des collectivités locales. Après qu’EDF ait cédé sa participation dans le capital de Saur, Bouygues devint l’unique actionnaire en 2001, et ce jusqu’en 2005.

En 2005 en effet, Bouygues retira ses billes en vendant le groupe à PAI Partner qui, en 2007,  cèda ses parts à 3 actionnaires : Séché Environnement pour 33 %, la Caisse des Dépôts (CDC) pour 47% et AXA Private Equity pour 20% qui contrôlaient désormais la Saur.

Ces trois actionnaires ont nommé Joël Séché Président de la holding de contrôle et Président exécutif de la Saur, à compter du 27 mai 2008.

Séché environnement  aura d’ailleurs bientôt la majorité des parts. Car, en 2008, la Caisse des dépôts et consignations et Axa Private Equity vendaient respectivement 9% et 3% du capital de Saur à Cube Infrastructure et en mai 2008, Séché Environnement trouva un accord sur une option d'achat (exerçable du 27 mai 2008 au 26 mai 2012) sur 18% du capital du Groupe Saur détenu par la Caisse des dépôts et consignations[]. Il est également prévu que Séché Environnement puisse racheter, entre 2013 et 2018, les 49% restant du capital du Groupe Saur.

Implantée très tôt en Charente-Maritime, la Saur a bénéficié des premières délégations du SIAE La Rochelle-Nord dès 1954. Et depuis, les contrats ont été renouvelés sans discussion ou au moins sans débat public.

La marge du délégataire avoisinait les 8%. Pour l’année 2007, le syndicat d’eau de La Rochelle-Nord avait ainsi versé à la Saur une rémunération de 1 600 000 €.

Sa part du marché  représentait dans le département 13% des communes mais 23% des abonnés (62 057 abonnés en 2009). Mais il fallait ajouter jusqu’à 2010 la part de marché (7% des communes et 23% des abonnés - 62 627 en 2009) de la CER (Compagnie des eaux de Royan), qui est une de ses filiales.

Séché Environnement et Joël Séché

 Né le 2 février 1955 à Craon (Mayenne) Joël Séché a essayé, après le bac, de faire des études à la faculté des sciences de Rennes où il a loupé par deux fois son DEUG scientifique.

En 1981, il a repris l’entreprise familiale de travaux publics qui comprenait une vingtaine de salariés, entreprise dont il positionna l’activité sur les marchés très porteurs de l’environnement et du traitement des déchets (ménagers et assimilés dans un premier temps puis industriels dès 1994) avec la création de la société Laval services, qui deviendra Séché Eco-Industries, filiale de la holding Séché Environnement en 1997. La société entrait au second marché de la bourse de Paris dès 1997.

En octobre 2001, Séché Environnement absorba Alcor, filiale environnement de la caisse des dépôts et consignation et racheta en juillet 2002, Trédi Environnement. Ce groupe gère actuellement une vingtaine de sites répartis sur le territoire national et emploie environ 1520 salariés.

Joel Séché, classé au 110ème rang des plus grosses fortunes françaises, avec 0,4 million € en 2009, s’est attribué cette année-là un salaire en hausse de 30,7%, à hauteur de 425 663 € (= 35 472 € par mois…)…

Le président de Séché Environnement et de SAUR,  dont il possède 33% des actions, a reçu par ailleurs des mains du secrétaire d'état chargé de l'Emploi, Laurent Wauquiez, le 5 décembre 2009, les insignes d'officier de la Légion d'honneur.

Joël Séché ne s’intéresse pas seulement à sa société et il est un passionné des chevaux de course dont il  possède une écurie importante. Il s'est d'abord lancé dans le trot attelé. En 2007 il a raflé 17 victoires et 50 places avec son écurie. Sans abandonner le trot, il s'intéresse de plus en plus aux courses de plat. Il a acheté deux purs-sangs en 2006. Un de ses chevaux, Récit Biblique, a gagné sa première épreuve et ses premiers euros (9.000) le 15 février 2007 à  Salon de Provence. Il possèdait 18 trotteurs et 2 purs sangs, avait gagné 369 820 € en 2007 avec 17 victoires. En 2009, il possédait désormais 32 chevaux qu’il avait alignés dans 243 courses, raflant au passage 650 050 € de gains, cette passion n’est donc pas toujours ruineuse.

 Interviewé, le mardi 23 novembre 2010, sur le plateau d'Equidia, Joël Séché est revenu                sur sur le succès de son poulain, Torino d'Auvillier, à l'occasion du Prix de Vaulogé, et sur l'avenir du fils de Ludo de Castelle : "Il nous fait plaisir. C'est un poulain de grande qualité qui va se présenter avec une bonne chance dans deux semaines, à l'occasion du Critérium des 3 ans. Toutefois, notre objectif est surtout de la faire vieillir, son objectif étant le Prix d'Amérique dans quelques années." 

En août 2009, Le patron mayennais s’est aussi offert une équipe cycliste professionnelle en devenant le principal actionnaire de l’actuelle formation Besson Chaussures Sojasun.  Il s’est engagé pour trois saisons. La nouvelle équipe Saur-Sojasun participera aux courses Pro-Tour comme Paris-Nice, Paris-Roubaix ou le Tour de France. Loïc Drouard devient le manager général de l’équipe et le Rennais Stéphane Heulot reste le directeur sportif.

 

VI.            CEP 17

Pendant la campagne électorale pour les élections municipales de mars 2008, les candidats de la liste d’ACP (Alternative Citoyenne pour Périgny) avaient fait de la gestion de l’eau un de leurs chevaux de bataille.

À l’occasion de l’échéance proche (31 décembre 2009) du contrat du SIAE La Rochelle-Nord avec la Saur, ils proposaient la création d’une régie municipale. Ce fut l’occasion pour les colistiers de Guy Denier, d’expliquer par tract que la gestion en régie était impraticable à Périgny, onéreuse et hors de propos, avec comme idée sous-tendue que seuls des incompétents pouvaient l’envisager !

Regroupés au sein d’un Collectif, les partisans d’une gestion publique décidèrent en juin 2008 de se constituer en association. Le Collectif Eau Publique 17 naquit donc en septembre 2008 et s’attacha à l’étude du système d’adduction et à la promotion du débat par l’édition d’un bulletin (« Hissez-Eau ») et la création d’un blog (http://cep17.over-blog.com/). CEP 17 est présidé par un conseiller municipal de Périgny : Daniel Vince.                                 

Faisant évoluer ses idées en même temps que le débat avançait, le Collectif, fort du soutien et de l’adhésion des Verts-Europe Écologie, du Parti de Gauche, du PCF, d’associations comme LDS (Lagord), ou ADAP (Aytré), INDECOSA (association de consommateurs de la CGT), ATTAC, et de ses contacts avec Olivier Falorni, alors secrétaire départemental du PS,  Suzanne Tallard, alors maire PS d’Aytré et du député maire PS de La Rochelle et président de la CDA, Maxime Bono,  lançait le débat sur la possibilité d’une gestion publique intercommunale dépassant les stuctures actuelles pour sortir de l’imbroglio.

Le soutien le plus important se trouva être celui de l’opinion publique qui commençait à se poser des questions sur le prix de l’eau, à Périgny, sur le territoire géré par le SIAE de La Rochelle Nord mais aussi dans le département et un peu partout en France. Grenoble, Paris, Rouen, mais aussi des communes moins peuplées et plus rurales ayant fait le choix de revenir à la régie publique, et fait la démonstration d’un prix de l’eau en baisse de 20 à 30%. Néanmoins, Maxime Bono accorda la création d'un atelier de réflexion au nom de la CDA auquel il convia CEP 17 mais dont il confia la présidence à ...Christian Grimpret. Guy Denier, de son côté mit lui aussi un peu d'eau (publique) dans son vin et dut admettre, après la démonstration faite par Gabriel Amard lors d'un forum organisé à Périgny par CEP 17, que la gestion publique serait peut-être une option à envisager...

Il ne restait donc plus, aux tenants du système privé, qu’à négocier des contrats en forte baisse…au moins au début. C’est ce que fit Christian Grimpret avec la Saur, annonçant un contrat 27% moins cher…

Les usagers jugeront sur factures et sur la durée !

 

 

 

 

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