Colonisateurs ?

La date buttoir donnée classiquement pour la fin du Moyen-Âge correspond à « la découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492. Cependant, la féodalité et son système économique et social, fait de liens d’homme à homme, perdurèrent par bien des aspects jusqu’à la Révolution française, féodalité à laquelle se superposa l’absolutisme monarchique initié par François Ier et porté à son apogée par Louis XIV.

Les deux faits nouveaux de la période qui eurent une grande influence sur l’histoire de Périgny furent la montée du protestantisme et la conquête de nouveaux territoires aussitôt soumis à l’exploitation coloniale et esclavagiste.

Les conquêtes

La conquête des îles antillaises avant 1520, du Mexique entre 1519 et 1523, de toute l’Amérique du Sud enfin, fut accomplie par les Espagnols et les Portugais après le traité de Tordesillas, où le 7 juin 1494, le pape Alexandre VI voulut partager entre eux monde connu et monde supposé. D'après ce traité, le royaume de Castille, ainsi que les îles Canaries, étaient acquises à la couronne espagnole, tandis que Madère, Porto Santo, les Açores et les îles du Cap-Vert, ainsi que le droit de conquête du royaume du Maroc et le droit de navigation au sud du parallèle des Canaries, étaient acquis au royaume du Portugal. Le Brésil, découvert après la conclusion du traité, tomba ainsi sous souveraineté portugaise. Ce fut le signal de la compétition pour la conquête de colonies, pour les Anglais, les Hollandais et les Français, qui y reconnurent aussitôt un moyen de domination.

Pour « l’intérêt de la couronne de France », en 1534, 1535 et 1541, Jacques Cartier explora le futur Canada. Lors de sa première traversée, il découvrit en juin, « un peu à l'écart de la rivière qu'ils venaient de nommer Saint-Jacques, un grand navire originaire de La Rochelle, dont l'équipage, après une longue campagne de pêche à la morue, avait perdu son chemin au milieu des nombreuses îles du golfe du Saint-Laurent. » (Wikipedia).

Les Rochelais se lancèrent aussi dès 1595 dans « l’aventure » du commerce négrier, mais la grande période de ce commerce très profitable fut le XVIIIème siècle. En effet, les implantations coloniales durables ne se firent qu’au XVIIèmesiècle.

De 1635 à 1655, les Fançais prirent le contrôle des îles de la Martinique et de la Guadeloupe qui furent finalement annexées au domaine royal en 1674, et s’installèrent à Cayenne, en Guyane, à partir de 1650.

Saint-Domingue, d’abord colonie espagnole depuis sa conquête en 1492 par Christophe Colomb, ne passa pour sa partie ouest sous domination française qu’après le traité de Ryswick en 1697, bien que les Fançais s’y soient installés dès 1660.

Au milieu du XVIème siècle, Samuel de Champlain installa la domination française sur le Canada. Né à Brouage, il explora les colonies espagnoles d'Amérique (1599-1601), le fleuve Saint-Laurent en 1603 ainsi que  l'Acadie de 1604 à 1607 et la côte atlantique entre l'actuel Nouveau-Brunswick et Cap Cod. Il fonda la ville de Québec, le 3 juillet 1608. Mais ce n'est qu'à partir de 1634 et 1635, que Champlain vit son rêve de colonisation se concrétiser, avec l'arrivée et l'établissement de quelques dizaines de familles de colons.

 Côté Océan Indien, dans les Mascareignes, la Réunion, alors appelée « île Bourbon », fut occupée par les Français à partir de 1665, et l’esclavage s’y développa à partir de 1715. Dans l’ile Maurice, Port-Louis fut fondé en 1735.

L’organisation des conquêtes et l’esclavage

En 1664, Colbert créa pour exploiter ces conquêtes, et en établr éventuellement de nouvelles, la Compagnie des Indes occidentales et la Compagnie des Indes orientales et donna à la première la propriété des possessions françaises des côtes atlantiques de l'Afrique et de l'Amérique, et le monopole du commerce avec l'Amérique. Elle obtint aussi celui de la traite. Elle était également censée peupler le Canada, en utilisant les profits de l'économie sucrière qui débute en Guadeloupe. Grâce à la Compagnie d’Orient, les Français pénètrèrent en Inde à partir de 1668.

 C’est au nom du catholicisme que Louis XIV édicta le « code noir » promulgué en mars 1685 pour les esclaves des colonies. Aboli par la Convention en 1794, l’esclavage fut rétabli en 1802 par Bonaparte et les dispositions du Code noir furent intégrées au Code civil en 1803. Dès les deux premiers articles, il établissait les prétentions d’exclusivité religieuse du roi : Article 1er « …Enjoignons à tous nos officiers de chasser de nosdites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens. » Article 2 « Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine… ». Quant à l’article 38, il précisait les châtiments encourus en cas de « marronage » : « L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis une épaule ; s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort. »

C’est pour justifier cet esclavage que l’idéologie raciste inventa ensuite une hiérarchie entre les hommes suivant la couleur de leur peau.

Voir : "La traite des esclaves, l’esclavage, l’accumulation du capital et le devoir de mémoire"

 Les liens de Périgny avec les colonies

Toutes ces conquêtes ne furent anodines ni pour La Rochelle ni pour Périgny puisqu’elles fondèrent en partie la fortune de leurs futurs édiles. Pierre-Henri Reignier, puis Ambroise-Eulalie de Maurès de Malartic, deux seigneurs pérignaciens, épousèrent par exemple (à tour de rôle) Eugénie Claëssen, fille de Nicolas Claëssen, négociant rochelais originaire de Calais, élu syndic de la chambre de commerce en 1722 et devenu directeur de 1728 jusqu'en 1730. Il fut également élu maire de la ville de 1725 à 1727. Député du commerce de La Rochelle à Paris de 1730 à 1747, il fut nommé directeur de la compagnie des Indes à Paris en 1746. (Bosher, J.F., 1992; Garnault Emile, 1902).

Parmi les propriétaires de la Pommeraie, La famille Bernon commerçait avec le Québec, la famille Liège était alliée à la famille Fleuriau, grands propriétaires esclavagistes à Saint-Domingue et propriétaires du domaine de Coureilles, etc.

 

Fers d’esclave, Musée du Nouveau Monde, La Rochelle

En dehors de ces riches exploiteurs, on trouve aussi quelques colons moins fortunés :

Pérignaciennes en Nouvelle France

Les Filles du Roi [Louis XIV] étaient au XVIIème siècle des jeunes femmes célibataires envoyées en Nouvelle-France, pour s'y marier, y fonder un foyer et établir une famille afin de coloniser le territoire. Le Roi de France agissait comme un tuteur (leur père) en payant les frais de leur voyage ainsi qu'une dot. Cette dot était ordinairement de 50 livres. 770 "filles du Roi" partirent ainsi, entre 1663 et 1673, pour l'Amérique du Nord afin de contribuer au peuplement de ces territoires. Au moins deux d'entre elles étaient originaires de Périgny :

 Andrée Lépine : (1638-1688) Fille de Pierre Lépine et de Marie Griffon, naquit à Périgny et fut baptisée à l'église Saint-Georges (actuellement Saint-Cybard) le 22 août 1638. Fille du Roi de 1665, son bateau, le « Saint-Jean-Baptiste », de Dieppe, la débarqua en Nouvelle France le 11 août 1666 après 90 jours de traversée en provenance de La Rochelle !

Elle fut rejointe par sa soeur aînée Marie l'année suivante. Elle épousa Claude Chasles, bourgeois tonnelier, à Québec, le 9 novembre 1668. Ils eurent huit enfants. Elle y décèda le 22 décembre 1686 à 48 ans. Marie Lépine, fille de Pierre Lépine et de Marie Griffon, naquit à Périgny le 1er mai 1644. Après la mort de ses parents, elle rejoignit sa soeur cadette, Andrée, comme fille du roi, en Nouvelle France. Son bateau, le "Constance de Cadix", la débarqua le 10 juin 1667 à Québec. Elle devint servante chez Denis Guyon puis se maria à Moïse Faure, dit Saint-Vivien Huguenot, lequel avait abjuré le protestantisme le 14 septembre 1665 à Québec et pris le prénom de Jean. Le ménage s'établit à Saint-Anne la Pérade, sur le Saint-Laurent, entre Québec et Trois-Rivières, dans une région où vécurent les Ochetéguins et les Algonquins en guerre contre les Iroquois. (Quelques années plus tôt, en mai 1660, 700 Iroquois avaient taillé en pièces une soixantaine de Français avec leurs alliés hurons à la bataille de Long Sault, sur la rivière des Outaouais et la paix venait juste d'être signée en mars 1667 entre Français et Iroquois).Ils eurent 4 enfants. Marie mourut le 2 août 1697.

Pérignaciens en Nouvelle France

Quelques hommes dont on peut suivre la trace quelques temps émigrèrent aussi.

Parmi eux, on trouve Jean Doyon qui, né en 1619 à Périgny, mourut en 1664 à Château Richer, Montmorency, au Québec. Fils de Jacques Doyon, lui-même né à Périgny et de Françoise Couturier de Bernay, Il épousa Marthe Gagnon en 1650 à Château Richer et eut avec elle six enfants tous nés à Château Richer : Marie, née en 1652, qui, après avoir commencé des études aux Ursulines de Québec se maria à quatorze ans avec Antoine Lefort et mourut à vingt-cinq ans en laissant cinq orphelins.

Nicolas, né en 1853 et mort en 1714 à Québec. Il était armurier. Cavelier de La Salle lui donna « 20 pieds de terre en carré dans le fort Saint-Louis » en 1683. Marié à une Indienne Panis en 1684, il participa à la guerre contre les Illinois en 1689.

Louis-Antoine, né en 1661 se noya accidentellement à la chasse, à Montréal, en 1778. Il avait dix-sept ans.

Thomas, né en 1664, mort à Québec en 1739, se maria en 1692 avec Barbe de Tépagny qui mourut après dix-neuf ans de mariage. Il se remaria à cinquante ans en 1714 avec Angélique Renaud qui en avait dix-sept. Boulanger, il acheta en 1696 le fief de la Trinité à la Rivière Saint-Charles. Il eut en tout vingt-cinq enfants, dix du premier mariage et quinze du second !

 Madeleine, née vers 1659, se maria en 1678 avec un ancien soldat du Régiment de Carrignan, François Banhiac, dit La Montagne et mourut en couches l’année suivante.

Antoine né en 1656 se maria à Françoise Cloutier en 1685 et mourut à Château Richer en 1708.

 

 

 

 
   

 

 

 

   
   

 

 
   

 

Commentaires (1)

1. Denis Papillon 09/05/2014

Parmi les Pérignaciens, il faut ajouter Estienne Parpaillon (Papillon) baptisé le 22 septembre 1636 dans la paroisse de Saint-Cybard (Périgny), fils de François et Michelle Tastevache (Angoulins), et petit fils de Jean et Catherine Massé (Rompsay). Il était coureur des bois, et il semble être à l'origine de tous les Papillon d'Amérique.

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