Musset : la Moulinette

Dans son ouvrage « La Rochelle et ses ports », Georges Musset, en 1890, expliquait dans son chapitre sur la Moulinette pour quelles raisons le ruisseau de Périgny fut transformé en 1325 en chenal navigable de la Moulinette:

« On a vu précedemment que La Rochelle, à l’origine, était éloignée de toutes les voies importantes de l’époque romaine restaurées sous Charlemagne. Il n’apparaît pas qu’on en ait construit autour de la ville, sinon aux environs immédiats des fortifications et principalement, sur le territoire du grand fief d’Aunis relevant immédiatement du château de La Rochelle. Et encore n’y en avait-il pas dans certaines directions. Ainsi, la baronnie de Châtelaillon venant jusqu’à la porte Saint-Nicolas, les chemins de toute cette région ne pouvaient être faits et entretenus que par les seigneurs de cette terre. La conséquence de ce triste état de viabilité était que les vins de cette région n‘arrivaient plus à La Rochelle. Les producteurs en souffraient, en ce sens que la demande étant plus considérable à La Rochelle que dans les ports trop minuscules de la baronnie de Châtelaillon, la vente se faisait, dans ces derniers, à des prix très inférieurs.

On trouva un remède à cette situation en mettant en état de navigabilité le chenal de la Moulinette. Ce chenal porte aujourd’hui le nom de chenal de Périgny ; il prenait en effet sa source à Périgny et coulait à travers les marais salants de Tasdon. Le chenal était bifurqué en arrivant à La Rochelle qu’il entourait d’une étendue considérable de marécages, sur lequels se sont élevés depuis la partie Est du faubourg Saint-Nicolas et le quartier qui, au XVIème siècle a pris le nom de la Ville-Neuve. Dans ces parages, il recevait le cours d’eau qui descendait, par Rompsay, du lieu nommé Maubec situé près de Chagnolet.

En cet état, un bras venait passer au pont Maubec et au pont Saint-Sauveur pour se jeter dans le hâvre ; un autre entourait le faubourg Saint-Nicolas et venait rejoindre la porte ou herse Saint-Nicolas où existaient, dès le temps d’Alfonse de Poitiers, des moulins qui ont donné leur nom au chenal. Une turbine conservée au Musée de la Ville, provient de fouilles faites en cet endroit.

L’échevinage de La Rochelle prit l’initiative de la canalisation. Des lettres de Charles IV le Bel, de 1325, contraignirent les habitants du plat pays, comme on appelait alors les gens habitant hors des villes ou des châteaux, et les personnes qui avaient des borderies et des vignes dans la principauté de Châtelaillon, à contribuer au paiement de la dépense. La fabrique de la paroisse Saint-Sauveur donna cent livres à la Ville, en récompense des avantages que le chenal devait apporter aux moulins du pont Moucher, et pour faire des portes aux arches afin que les moulns eussent plus d’eau.

Tout ce travail fut achevé en l’année 1325. Ce fut une grande amélioration. Il se créa de nombreux points d’embarquement et notamment le port de la Moulinette, les ports des Vaches, de Saint-Louis, de Périgny, etc. Le chenal eut un succès rapide et durable. On en trouve des preuves nombreuses ; en voici deux :

La vogue du chenal fut assez grande pour que dorénavant on ne désignât plus à La Rochelle les gabares plates que par le nom de Moulinettes ou gabares de Moulinette ; à la herse de Saint-Nicolas, le seigneur de Châtelaillon percevait le droit de 6 deniers par tonneau de vin. En 1470 et 1492, ce droit était affermé de 60 à 61 livres ; ce qui donne un minimum de transport de 2240 tonneaux ou de 8690 barriques. Malheureusement il en fut de ce chenal comme du port, on le laissa s’envaser, et au XVIIIème siècle, ni le seigneur de Châtelaillon ni le commerce n’en tiraient plus aucun profit. »

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