La guerre de cession


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Alors que Villeneuve-les-Salines a été construite en partie dans la commune de Périgny, le quartier se trouve maintenant entièrement danscelle de La Rochelle.

Pourquoi la Municipalité de Périgny a-t-elle préféré abandonner toute la  partie de son territoire située à l’ouest de la rocade, depuis la Moulinette au sud, jusqu’à l’actuelle avenue Robespierre à l’ouest et le canal au nord, ainsi que les populations vivant sur ce territoire ?

Périgny n’était, qu’un bourg rural et de villégiature pour riches Rochelais de 1500 habitants en 1965, mais en 10 ans, il atteignit  presque les 7000 avant de retomber à 3500 après 1975. Il lui fallut attendre  2010 pour retrouver une telle population.

Le mini-conflit qui ammena la cession de territoire dura en effet plus de 10 ans et s’il ne fut pas sans conséquences démographiques ni arrière-pensées, il ne provoqua aucun mort. Il faudrait donc être de bien mauvaise foi pour l’appeler une guerre. Ne résistons pas à l’envie et  baptisons ce conflit « la guerre de Cession ».

SIVOM, SIMCA, ZUP : le consensus originel

Au début, de 1964 à 1971, le consensus semblait régner. Périgny adhèra au SIVOM en 1964 la même année où SIMCA implantait son usine sur un terrain de 50 ha sur le territoire de la commune.

Cette usine fut le principal argument pour la création d’un grand ensemble à proximité. Son implantation dans la région de La Rochelle avait été négociée entre la firme SIMCA, qui aurait préféré l’Alsace ou la Basse Seine, et l’État qui l’autorisa en échange de la création de 1200 emplois. La première pierre fut posée en novembre 1964 et l’usine ouvrit un an plus tard, le 29 novembre 1965. Elle avait pour vocation la fabrication des suspensions et des transmissions de toutes les voitures Simca. Les modèles étaient conçus à Poissy mais les modalités de fabrication étaient mises au point à La Rochelle-Périgny qui possèdait l’autonomie de la fabrication.

Les travaux de construction de l’usine furent achevés  en avril 1967, avec une inauguration dès janvier par Georges Pompidou, alors premier ministre. Sa surface fut doublée en 1969 année où elle employa désormais 1900 personnes tout en envisageant une progression de 250 par an jusqu’en juillet 1975, date à laquelle l’unité de La Rochelle devait atteindre 3082 salariés.

 C’était aux yeux de tous,  la confirmation de l’utilité de la ZUP, créée en 1966 sur 265 ha, partie sur la commune de La Rochelle, partie sur celle de Périgny. Il allait bien falloir loger les ouvriers et leurs familles quelque part. D’autant plus que le chantier naval Amel s’était installé sur la zone industrielle ainsi qu’une douzaine d’autres entreprises. 

Le revirement

Le tournant se situa en 1971, avec l’élection comme maire de La Rochelle de Michel Crépeau. (En même temps, à Périgny, Emmanuel Suire succéda à Norbert Orgeron qui ne s’était pas représenté à l’issue de son deuxième mandat. Il fut élu par 9 voix contre 6 à Charles Larmet, lequel mettait en garde ses collègues contre un repli identitaire sur Périgny-bourg au détriment de Rompsay- et une voix à François Martin). 

En effet, Michel Crépeau, en septembre 1971, prononça son fameux discours lors de l’accueil des nouveaux habitants, dans lequel il déclarait vouloir relever «le défi pour faire de Villeneuve-des-Salines une sorte de laboratoire d’urbanisme dans lequel tout sera mis en oeuvre pour essayer de faire de la Z.U.P., en même temps qu’une zone à urbaniser en priorité, une zone à humaniser en priorité ». (Henri Moulinier). Mais la conséquence, c’est que la charge du SIVOM allait être bien plus importante que prévu et d’ailleurs, le SIVOM sollicita une aide exceptionnelle de l’État l’année suivante. D’autant plus qu’en 1973, la circulaire Guichard interrompit la politique des grands ensembles et que le projet de ZUP fut alors divisé par 2. On ne prévoyait plus que 5194 logements sur 98 ha. 

La « dé-densification »  eut aussi pour conséquence l’augmentation des coûts.

C’est pourquoi, dès le 7 juin 1972, le Conseil municipal de Périgny vota le vœu présenté par son nouveau maire, Emmanuel Suire, pour le rattachement à la ville de La Rochelle de la partie de la commune située à l’ouest de la déviation de la N 137 et ce jusqu’au canal. Sur 17 votants, il y eut 15 voix pour, 5 contre, 1 bulletin blanc. (Étaient présents en plus du maire, François Martin, adjoint, Guy Battu, adjoint, Émile Damour, Yvon Marchais, Auguste Boilard, Michel Rogeon, Roger Brothier, Marcel Bénéteau, Eugène Françoise, Jeanty Ploquin, François Doublet, Raymond Denier, François Ferrand, Charles Larmet, Guy Leray, Sylvette Ploquin.)

Le commissaire enquêteur rendit de son côté un avis favorable à la cession.

Des arguments opposés

Mais, coup de théâtre, la commission syndicale, constituée de cinq membres,  officiellement élue par les électeurs de Villeneuve-les-Salines/Périgny le 31 mars 1974, se prononça pour le satut quo, c’est-à-dire pour le maintien dans la commune de Périgny. Quels étaient ses arguments ?

Elle questionnait : « Pourquoi cette promptitude à se débarrasser de vous ? » et remarquait : « Ce sont les deux tiers de la population que la municipalité de Périgny envisage de « céder » à La Rochelle ».

La commission affirmait que Villeneuve deviendra «un quartier de banlieue parmi d’autres, perdu dans la masse du «grand La Rochelle», alors qu’il y a la possibilité de constituer «une agglomération mi-rurale, mi-urbaine», où les habitants «pourraient prendre part activement à la gestion de la vie locale ».

Quatre-vingt-dix pour cent des deux-cent-quatre électeurs s’étaient d’ailleurs prononcés  pour le rattachement de Villeneuve-des-Salines à Périgny.

Pourtant, le Conseil municipal de La Rochelle approuva à son tour la séparation.

Et en  août 1974 : le Conseil municipal de Périgny confirma son premier vote malgré les votes contre de Raymond Denier (le père de Guy Denier, l’actuel maire de la commune) et de Guy Leray et les abstentions de Roger Brothier et de François Doublet.

 Voici le texte du compte-rendu et les arguments utilisés :

« Le Conseil municipal de Périgny, sur proposition de l’ensemble de ses commissions, considérant,

-          Que la partie de la commune qui s’amménage actuellement dans le cadre de l’opération dite « Z.U.P. de La Rochelle-Périgny » a et aura de plus en plus un caractère urbain bien différent de la partie de la commune déjà construite ;

-          Que les limites communales actuelles coupent dans cette nouvelle zone certains quartiers et même certains immeubles sans compter les futurs centres commerciaux prévus ;

-          Que cette situation aurait pour première conséquence d’entraîner des inégalités dans les impôts (mobilier, patente, taxe sur les ordures ménagères, etc.) payés par les habitants bien que devant bénéficier de prestations identiques ;

-          Qu’elle complique et compliquera la vie de ses habitants sur le plan administratif (état civil, élections, assistance) et entraîne déjà des confusions inévitables.

-          Qu’elle risque d’entraîner également des disparités très sensibles sur le plan de l’aide sociale qui reste à la charge de chacune des communes.

-          Qu’il a été constaté que quelque soit le lieu politique d’habitation des premiers habitants, leur comportement naturel les incite à se tourner vers la ville de La Rochelle beaucoup plus que vers Périgny d’autant plus que la déviation sud de la R.N. 137 crée une frontière quasi naturelle.

-          Considérant de ne léser en rien ni les futurs habitants de Villeneuve des Salines –au contraire- ni les habitants déjà installés dans le bourg de Rompsay ou dans celui de Périgny,

-          Conscient également du fait que La Rochelle est déjà mieux outillée de par ses équipements matériels et ses services pour répondre à ces besoins essentiellement urbains, 

Émet le vœu que la partie de la commune située à l’ouest de la déviation, et ce jusqu’au canal, soit rattachée à la ville de La Rochelle. »

  Conclusion

Il n’en était pas question dans les considérations officielles du Conseil mais on peut cependant supposer que le déficit prévisible de l’urbanisation de Villeneuve des Salines était pour quelque chose dans ce vœu d’abandon !

La cession / séparation de Périgny d’avec Villeneuve fut effective à partir de 1975.

 La superficie de la commune fut amputée de sa partie de Villeneuve-des-Salines et sa population, qui avait dépassé 6900 habitants en 1975, retomba à 3455 en 1982.

Seul le collège Fabre d’Églantine continua à constituer une interface entre Périgny et La Rochelle en accueillant des élèves des 2 communes (plus celle de Saint-Rogatien).

D’autre part, la taxe professionnelle amenée par la Zone Industrielle dont les élus pérignaciens avaient pris soin d’exiger le maintien dans leur commune, fut encore versée à Périgny jusqu’en 1992. Cette décision, tout en maintenant à l’écart du territoire communal la population ouvrière-supposée mal intentionnée du point de vue électoral- permit aussi d’enrichir la commune.

Les déficits ne furent ainsi plus supportés par la commune de Périgny que  pour sa part dans le SIVOM.

Citons pour preuve la Cour des Comptes, qui constatait en juin 1977 : «  le déficit de la ZUP de Villeneuve des Salines est donc simplement  transféré au budget général du SIVOM et de l’État, provisoirement et pour partie. Certes, cette charge est étalée sur plusieurs années grâce au recours à l’emprunt. Mais en fin de compte, c’est à l’augmentation de la fiscalité directe qu’il faudra faire appel. ».

C’est ainsi que prit fin « la guerre de Cession », sans d’ailleurs que l’hypothèse d’un rattachement de Villeneuve-des-Salines en entier à Périgny n’ait jamais été envisagée.

Voir une chronologie détaillée : le fil d’Ariane de la guerre de cession

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