Un complot pendant la quatrième guerre de religion : La faction du coeur navré

Guerre de religion n°4 (Voir la montée du protestantisme et les guerres de religion)

Charles IX déclencha le massacre de la Saint-Barthélémy dans la nuit du 23 au 24 août 1572. Les protestants du royaume étaient en plein désarroi. Pour en profiter, le roi, et la reine mère, Catherine de Médicis voulurent réduire La Rochelle. En novembre, le blocus de la ville fut entrepris, le camp dressé autour de la cité en février 1573 était commandé par le frère du roi, Philippe, duc d’Anjou. Les Rochelais étaient moins de 2 000 (« …qui pouvaient tirer une arquebusade …» - Agrippa d’Aubigné), mais bien armés de canons, et entretenaient  1300 soldats étrangers à opposer aux 28 000 hommes de l’armée royale. Mais ils étaient bien fortifiés et  avaient le soutien logistique de l’Angleterre.

De février à juin 1573, pas moins de huit assauts furent tentés contre les remparts  de la ville. Le duc d’Anjou, qui avait appris le 28 mai, qu’il venait d’être élu au trône de Pologne commençait à s’impatienter. Une attaque générale fut lancée le 26 juin 1573. Elle échoua. La paix fut signée le 6 juillet 1573 et l’armée royale leva le siège. Cette victoire, confirmée par la paix de Boulogne le 11 juillet, permit aux protestants d’obtenir la liberté de conscience, mais ils perdaient Cognac et La Charité-sur-Loire et n’obtenaient la liberté de culte que dans trois villes : La Rochelle, Montauban et Nîmes. Le traité fut unanimement désavoué par le parti protestant qui aspira dorénavant à se constituer en fédération républicaine.

La reine mère, de son côté, comprenant l’importance de La Rochelle dans cette lutte, refusait de s’avouer vaincue. « La haine qu’elle portait à tout le parti réformé s’était singulièrement accrue contre les Rochelais, depuis que, par leur mâle courage, ces magnanimes bourgeois avaient humilié son orgueil et déjoué ses projets. N’ayant pu réduire La Rochelle par les armes, elle entreprit de s’en emparer par la ruse. » (D. Massiou, Histoire politique de la Saintonge et de l’Aunis).

Le complot

Les soldats, qui avaient assuré la défense de La Rochelle, étaient mécontents car les bourgeois de la ville leur refusaient les gratifications qu’ils réclamaient pour s’être battus avec succès contre l’armée du duc d’Anjou.

La reine (d’après Agrippa d’Aubigné) envoya le Grand Maître d’artillerie et futur  Maréchal,  Armand de Gontaut Biron, comme gouverneur de La Rochelle en titre, et chargea en sous-main Guy de Daillon, comte de Lude et gouverneur du Poitou, Jean de Léomond, seigneur de Puygaillard et Charles de Rouault, seigneur de Landereau, d’utiliser ce mécontentement pour affaiblir et si possible prendre la ville.

Pour ce faire, ils cantonnèrent des soldats à Saint-Vivien et à Nuaillé et s’adjoignirent des notables locaux. Parmi eux, on trouvait un fidèle du comte de Lude qui l’avait servi pendant le siège de La Rochelle : Jacques du Lyon, seigneur du Grand-fief, lequel avait été échevin de la ville de La Rochelle et fait office, semble-t-il, 31 ans plus tôt, de délégué auprès de Fançois Ier, alors résidant à Angoulême et désireux de démêler les différends entre les Rochelais et le gouverneur qu’il leur avait donné, le seigneur de Jarnac. On relève aussi dans cette délégation le nom de Guillaume Guy dont on reparlera plus loin.

Jacques du Lyon gagna semble-t-il à la cause des conjurés, Amanjon de la Zardonière, Louis Vienne, dit le capitaine La Gorte, Guillaume David dit le capitaine La Plante et Jean Turgier de Montargis, c'est-à-dire les capitaines des quatre compagnies étrangères qui s’étaient si bien battues pour la commune lors du siège. Les soldats devant être prévenus et entrer dans le complot plus tard en ouvrant de l’intérieur les portes de la ville.

Faction du cœur navré

Le maire de La Rochelle, fraichement réélu, Jacques Henry, reçut alors une lettre anonyme dénonçant le complot qui se tramait. Au lieu de suscription, cette lettre portait un cœur traversé d’une épée, ce qui donna au complot un nom : la « faction du cœur navré ».  Aussitôt, on fit prisonniers quelques soldats et on les tortura. Ils désignèrent Jacques du Lyon.

Arrestation mortelle

Le maire, Jacques Henry, rassembla le 12 décembre quelques hommes d’armes et se rendit à Saint-Rogatien pour s’emparer, au domaine du Grand-Fief, maintenant logis du Vivier, de la personne de Jacques du Lyon. Mais celui-ci, refusant de se rendre et « faisant résistance », fut tué dans sa maison par un de ceux qui étaient venus l’arrêter. On trouva, paraît-il, dans les papiers saisis chez lui, le nom des principaux conjurés et le plan de la conspiration. La Zardonière, La Gorte, David, Turgier furent arrêtés. Les pasteurs, surtout le ministre François Odet de Nort qui, semble-t-il avait écrit la lettre de dénonciation, sans qu’on sache d’où il tirait ses renseignements, excitèrent la population contre les accusés.

Question

D’autres soldats furent alors arrêtés et tous mis à la question. « Ils confessèrent alors plus que l’on ne voulait » (Agrippa d’Aubigné) et dénoncèrent des complices parmi les familles bourgeoises de la ville, Guerry, Briault, Regnault et Guillaume Guy écuyer, sieur de la Bataille, receveur du Taillon (impôt institué en 1549 par le roi de France Henri II en vue de subvenir aux besoins financiers  des armées), qui avait par le passé assumé 4 fois la charge de maire et qui, mis à la question, dénonça à son tour Claude Huet, échevin. Mais il se rétracta. Huet se réfugia alors au sein du conseil de la ville, réuni à l’hôtel de ville, et faillit être massacré par le peuple en sortant.

Roue et décapitation

Finalement, le Présidial, effrayé par les réactions du peuple fanatisé par les pasteurs, rendit des sentences de mort pour les accusés. La mairie de La Rochelle conférait la noblesse à celui qui l’avait exercée. Aussi Guillaume Guy ne fut-il comdamné qu’à avoir la tête tranchée. Pour tous les autres, ce fut le supplice de la roue, rendu légal 39 ans plus tôt par François Ier, d’abord réservé aux bandits de grand chemin puis étendu en 1547 aux assassins, supplice qu’ils subirent le 19 décembre.

Le 29 décembre, sur l’échafaud dressé sur la place du château, Guillaume Guy, sommé par Claude Huet de réitérer sa rétractation, répondit (Racines rochelaises, Chronique des temps anciens, racinesrochelaises.free.fr) : « Monsieur Huet, je vous ai déchargé par mon procès et vous décharge encore présentement, comme étant innocent du fait, et pour cet effet je vous ai requis pardon et encore derechef je vous le requiers, d’autant que je vous ai accusé à tort et que vous êtes innocent. On me l’a fait dire. Je vous prie, pardonnez-moi, comme je prie Dieu de me pardonner mes pêchés, mais non pas cette trahison, car je n’en suis pas coupable.» Puis, le bourreau lui coupa la tête.

 

Épilogue

Pendant ces 15 jours de sanglantes exécutions, le comte de Lude, le seigneur de Puygaillard et celui de Landereau congédièrent sans bruit leurs gens de guerre et affirmèrent n’avoir eu aucune connaissance du complot de La Rochelle. Catherine de Médicis se défendit publiquement « d’y avoir eu aucune part ». Mais elle apparut plus que jamais comme l’ennemie irréductible des protestants et dès 1574 les Rochelais relevaient leurs fortifications et la guerre pourrait bientôt reprendre, d’autant que Charles IX mort en mai, désigna pour successeur son frère l’ex-duc d’Anjou et maintenant roi de Pologne. La cinquième guerre de religion commença de fait en 1576 (On en comptera 8 jusqu’à l’Édit de Nantes en 1598).

 

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