Moyen-Âge

L’ascension de La Rochelle et la création de sa banlieue

La Rochelle fut érigée en commune en 1175 et ses statuts furent confirmés par Aliénor en 1199. « L’obtention par les Rochelais de leurs statuts communaux constitue le point de départ d’une ascension économique et politique fulgurante, dont la campagne environnante fut une composante fondamentale. » (Matthias Tranchant, « la constitution de la banlieue de La Rochelle »).

La culture de la vigne  avait le quasi-monopole de la terre. En 1229 et 1230, c’est pour distinguer les vins de leur cru de ceux de l’arrière-pays, que les bourgeois s’employèrent à identifier un premier espace suburbain autour de La Rochelle.  

Pour contrôler la filière du vin, ainsi que les moyens commerciaux et portuaires,  les Rochelais s’efforcèrent de contraindre le plus large espace à entrer dans leur dépendance. Le voisinage rural et littoral de La Rochelle occupait la place centrale de cette entreprise.

La banlieue se trouvait au coeur de dispositions échevinales relatives à la vente de vin au détail ou à l’accueil des lépreux.

En 1343, trois lettres successives – d’origine royale semble-t-il – admirent que la juridiction de la mairie se prolongeait hors des murs de la ville, mais sans en préciser l’étendue.

Sous Philippe VI, en février 1347, cinq ans après que le roi d’Angleterre ait reconnu une banlieue aux Bordelais,  le roi français définit l’étendue du ressort fiscal relatif à la perception d’un droit sur la circulation du vin. Sans qu’il ne soit explicitement désigné par le terme « banlieue », ce territoire couvrait les alentours de La Rochelle selon un rayon de trois lieues.

En 1373, Charles V établit de façon définitive les limites de la banlieue de La Rochelle : A partir de Châtelaillon, ses contours empruntaient l’ancienne ligne de côte, rejoignaient le Thou, se superposaient au cours du Curé jusqu’à son embouchure, pour se confondre enfin avec le littoral.

La paroisse et les seigneuries de Périgny se trouvaient donc totalement incluses dans ce territoire qui se superposait à elles.

La création du Gouvernement de l’Aunis

Le nom « Aunis » apparaît pour la première fois en 785. A la suite de la partition de l'Aquitaine en neuf comtés, décrétée par Charlemagne en 778, l’Aunis, appelé « pagus Alnensis », apparaît alors dans le testament du comte Roger[].

Mais l'étymologie de cette petite province a donné lieu à trois interprétations différentes, selon les étymologistes :

Pour certains ce serait le « pays des aulnes ». Pour d'autres, elle tirerait son nom de la tribu des Alains, qui envahit la Gaule en 406. Enfin, la troisième interprétation relie le nom de l'Aunis à l'histoire de Châtelaillon. La première capitale de l'Aunis fut en effet désignée sous le nom de « Castrum Allionis » signifiant « château d'Aunis ». Cette dernière théorie est celle qui semble avoir la faveur d'un grand nombre d'historiens.

La province d’Aunis ne fut détachée de la Saintonge qu’à la faveur de la reprise de La Rochelle sur les Anglais à la fin de la guerre de Cent Ans.

 « En 1374, Charles V détacha La Rochelle de la Saintonge pour en faire un gouvernement particulier qui comprit dans la juridiction Rochefort, Marennes et quelque temps Benon.» (Delayant, « histoire de la Charente Inférieure »). La Province s'étendait du Marais Poitevin au nord, jusqu'à la basse vallée de la Charente, au sud. A l'ouest, elle incluait l'île de Ré, ainsi que l'île d'Aix. Par contre, à l'est, les limites n’étaient guère précisées.[Il semble bien que l'Aunis s'étendait jusqu'aux portes de Niort et incluait également la viguerie de Saint-Jean d'Angély. Le siège du Gouvernement était bien sûr à La Rochelle.

L'habitat des Aigrettes

Des fouilles préalables à la construction du lotissement des Aigrettes (ou, plus exactement à « l’Home sec ») ont permis de mettre en évidence une occupation rurale datant des XIème et XIIème siècles. Des fosses, des dépotoirs, des silos, constituent les principaux vestiges retrouvés. L’habitat ainsi repéré s’étendait sur deux hectares.

« Aucun bâtiment n’a pu être mis en évidence, mais de la terre cuite architecturale, du mortier ainsi que des trous de poteaux sont là pour témoigner de la présence d’au moins quelques constructions légères. » indique le rapport de la DRAC. On a aussi repéré deux aires d’inhumation à proximité.

Il s’agit en réalité de quelques bâtiments provisoires à vocation agricole, peu nombreux, et de quelques sépultures. Faut-il y voir les prémices d’un village ? Il serait alors possible de dater les premières agglomérations d’habitations à Périgny du Xème ou XIème siècle ! Gardons cependant présent à l’esprit qu’il ne s’agissait probablement que de bâtiments en bois ou en torchis !

L'étude départementale a été complétée par les recherches qu' "ArchéoLoire" a menées, sur le site, pendant un trimestre de l'année 2010. Marion Lahaye, responsable des fouilles, explique : "... on imagine que le village médiéval se trouvait autour de l'emplacement de l'église actuelle. (...) nous avons trouvé des fossés, des silos qui devaient stocker du grain, des cuves d'extraction de pierres, des emplacements de pieux pour les habitations et des restes alimentaires. Mais aussi des ossements d'animaux, cochons, cervidés, moutons et beaucoup de coquillages, des huîtres, des moules, des palourdes ...".

 Quelques sépultures ont été fouillées...

La vigne

La culture de la vigne existait déjà à l’époque romaine, preuves en sont  les villas à vocation viticole qui ont été retrouvées. On a vu, cependant, que le sel avait constitué, depuis l’Antiquité jusqu’au Haut-Moyen Âge, la principale richesse économique.

À Partir du XIIème siècle, cependant, la viticulture autant que la récolte du sel firent la renommée de l’Aunis. La construction du nouveau port de La Rochelle, impulsée par Aliénor d’Aquitaine entre 1180 et 1190 permit l’exportation des vins d’Aunis jusqu’à Liège et en Angleterre.

Le vin de La Rochelle est fort et sec et de douce saveur et il affecte considérablement celui qui en boit beaucoup, à la tête et au corps, mais il délivre bien le ventre, c’est la raison pour laquelle les médecins conseillent de le boire au coucher. (A. Héron, Œuvres d’Henri d’Andeli, p.LVI, cité par les nouvelles d’archéaunis, « le vin et son histoire », avril 2003).

Au XVIème siècle, les terres à vigne finirent par constituer trois cinquièmes des surfaces cultivées. Elles correspondaient aux deux tiers des parcelles de Périgny. Un cinquième seulement était constitué de terres à blé et un dixième de terres d’élevage dont certaines s’étendaient sur les bosses qui séparaient deux marais salants.

Les bourgeois rochelais s’approprièrent peu à peu les terres. Les nobles possèdaient ainsi près de la moitié des surfaces agraires au mileu du XVIème siècle.

Les Moulinettes

L’envasement progressif de la Moulinette depuis l’Antiquité nécessita son aménagement pour en faire un chenal navigable, réalisé au XIVème siècle : La Moulinette fut alors naviguée. Des gabarres appelées « moulinettes » la parcoururent. Elles apportaient le vin d'Aunis jusqu'au port de La Rochelle, faisant ainsi de Périgny un arrière port de La Rochelle.

"En 1325, on avait ouvert à travers les marais un large chenal qui conduisait jusqu’à la Moulinette. En 1343, le «nouveau port» de Périgny, relevait de Jean Larchevêque, seigneur de Parthenay. 

Le vin d’Aunis en était la marchandise principale, transporté par des gabares qui naviguaient sur la Moulinette, puis sur le chenal Maubec, jusqu’au port de La Rochelle. " Les gabares étaient capables, grâce à leur fond plat de porter une fourniture de vin de Périgny à la Grand Rive et elles se mettaient aussi au service des plus grands vaisseaux qui n’avaient pu se mettre à quai ou qui avaient préféré se tenir à l’extérieur de la chaîne. Elles jaugeaient une vingtaine de tonneaux et étaient conduites par trois hommes, uniquement à la perche. Elles avaient une physionomie singulière : leur proue, plutôt que d’offrir une surface plane comme en poupe, comportait une étrave quasi verticale sur laquelle venaient se fixer en arrondissant les bordages. Une tille d’avant était ainsi rendue nécessaire pour protéger l’ensemble d’éventuels paquets d’eau. »

 

Elles étaient construites par les chantiers de la « petite rive » à La Rochelle. « Entre 1468 et 1469, furent conclus trois contrats de fabrication de « gabarres plates », capables de contenir une fourniture de vin, soit 21 tonneaux. Ces embarcations servaient au transport des futs sur la Moulinette jusqu’au port de La Rochelle. Leur prix variait de 40 à 45 écus d’or, en fonction des façons et des appareillages dont elles étaient pourvues, et pouvait descendre à 20 écus si le client apportait une partie des matériaux nécessaires. Les travaux avaient lieu sur « la vase à la petite rive.» » (Mathias Tranchant, « le commerce maritime de La Rochelle à la fin du Moyen Âge », Presses universitaires de Rennes, Rennes 2003, collection « histoire »).

L’Église et ses lieux

La christianisation de la région commença réellement avec la fondation de quelques abbayes, soutenues par les dons des seigneurs féodaux. Elle ne semble pas s’être achevée avant le IXème siècle,  un important mouvement de donations de terres aux abbayes étant relevé au cours de ce siècle.

D’ailleurs, l’église de Périgny n’est pas un édifice très ancien si on le compare à certains de ses voisins. Alors que l’église de Dompierre semble dater du XIème siècle, et celle de Saint-Rogatien du XIIème, tandis que l’abbaye de Saint-Léonard-des-Chaumes fut fondée en 1034,  l’église Saint-Cybard de Périgny, à l’origine, prieuré Saint-Georges, dépendant de l’abbaye de Nieul-sur-l’Autize, n’aurait été construite qu’au XIVème siècle (certains avancent la date de 1337) et ce n’est que vers 1400 qu’on en construisit la façade.

Ce fut probablement un des premiers édifices en pierre de Périgny et cette date assez tardive semble témoigner de la faiblesse du peuplement jusqu’à cette époque.

Le prieuré Saint-Louis relevait de la propriété de Coureilles. Celui de Sainte-Catherine de la Vaurie (appelé aussi de la Vorye ou de Lavaurie) dépendait du prieuré Sainte-Catherine de La Rochelle, établissement soumis à l'abbaye de Fontevraud.

Saint-Martin de Rompsay, créé dès le Xème siècle, était un prieuré qui continua à se développer si bien qu'en 1326, la papauté, en Avignon, demanda une contribution à l'institution locale.

Les donations au profit de l'Église catholique étaient nombreuses. C'est ainsi qu'en 1215, Pierre Foucher avait fait don à l'abbaye de Fontevraud de biens situés à Rompsay ; en 1306, Guillaume, Clément dit de Ronçay lègua à l'ordre des Templiers la propriété des Gonthières agrémentée d'une oseraie et de vergers.

D'autres ordres religieux furent présents à Rompsay. Saint-Jean-du-Dehors reçut en 1212 le don de Sanay tout en continuant à bénéficier d'importants revenus tirés de la location de ses biens : "...frère Guillaume Ratier, humble prieur de l'aulmonerye vieille Saint-Jean dehors La Rochelle et tout le chapitre d'icelle ont baillé à cens à Lambert Le Charretier et à Pernelle sa femme, une maison qu'ilz avoyent à Rouchay [ Rompsay] appellé Lardelle, avecques le verger et la terre de Boy Sillier et le pré qui y appartenent (...) pour leur en payer par chacun an la somme de 60 sols tournois de cens, payables à troys termes ...".

Enfin, même si elle n’était pas à Périgny, on peut rappeler que l’abbaye cistercienne de Saint-Léonard des Chaumes, toute proche, avait été fondée en 1168 par Guillaume Maingt, seigneur de Surgères. Délabrée au début du XVIIème siècle, elle sera par la suite achetée par Vincent de Paul, qui croyait faire une bonne affaire, à l’archevêque d’Aix-en-Provence en 1610, mais il l’abandonna finalement en 1616, en constatant son état lors d’une visite à La Rochelle.

Quant au Morillon, il daterait de 1248 et était tenu par des Augustins qui y pratiquaient l’hospitalité. Les mendiants de passage à La Rochelle y étaient hébergés, après avoir remonté la Moulinette. Le Prieuré fut finalement vendu en 1478 par les Religieux à Guillaume Favreau, bourgeois de La Rochelle qui en fit une simple ferme.

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