Pérignyantique

l'Antiquité

La république romaine s'était rendue maîtresse de la Gaule cisalpine depuis la fin du IIe siècle av. J.C., de la plaine du Pô aux Alpes, ainsi que d'une grande partie de l'Hispanie.  À la fin du IIe siècle av. J.C., elle soumit la Gaule méridionale et la vallée du Rhône, qu'elle érigea en province romaine en 121 av. J.C. : ce fut la Gaule transalpine, appelée Narbonnaise plus tard ou simplement la Provincia. Cela permit d'unir l'Hispanie romaine à l'Italie par voie de terre. Au nord, s'étendait l'immensité de la Gaule indépendante.

De 58 à 51 av. J.C., Jules César assit la domination romaine sur l’ensemble des territoires gaulois par une série de campagnes militaires. Les Santons, d’abord alliés de César pour combattre les Helvètes puis les Venètes, envoyèrent un contingent soutenir Vercingétorix à Alesia et se retrouvèrent, après 52 avant J.C.,  dans le camp des vaincus. Rome leur conféra donc le statut de « cité libre » (les libertés accordées par Rome pouvaient être retirées par Rome) et non de « cité fédérée » (statut le plus avantageux, les libertés étant le résultat d’un accord-foedus- en principe définitif.).

Les régions atlantiques relevèrent alors théoriquement de la Gaule celtique, bien que la Gaule chevelue (« galia comata »)  soit sous administration unique. Mais entre 16 et 14 avant J .C., Auguste, en même temps qu’il officialisait la division en trois provinces, Lyonnaise, Celtique et Aquitaine, rattacha le territoire des Santons à cette dernière, puis fonda Saintes (Mediolanum) qu’il promut capitale de la cité des Santons et de toute l’Aquitaine.

À partir du IIIème siècle, Bordeaux (Burdigala) devint le siège de la province d'Aquitaine avec autorité sur tous les territoires situés entre la Loire et les Pyrénées. Le pouvoir romain ne disparut définitivement qu’en 420 avec l’arrivée des Wisigoths.

Quant à la façade maritime, elle ne revêtait pas de grande importance économique, si l’on en croit l’absence de port et de réseau routier suffisant. Néanmoins, l'Aunis, longtemps déconsidérée par les historiens, semble avoir connu une assez importante occupation romaine, aisi que le démontrent des découvertes récentes.

L’occupation romaine 

Néanmoins, notre région fut, au même titre que la Saintonge, soumise à l’occupation romaine et de nombreuses traces archéologiques l’attestent. Peut-être une voie romaine menait-elle du port du Plomb à Saint-Jean-d’Angély en passant par le Gué Charreau, lieu à partir duquel son tracé est assuré vers l’Est. Selon certains, elle traversait même probablement Rompsay, passant ensuite par la Bourgne et l'Home sec avant de s'engager vers le Vivier, puis Saint-Rogatien et Clavette.

Les villas

Si au moins 17 sites ont été reconnus en Aunis comme emplacements de villas gallo-romaines, deux sites pérignaciens recèleraient des traces de civilisation gallo-romaine, celui de la Vaurie et  le secteur des Tausières, à Rompsay.

La Vaurie

Les fouilles du Petit Moulin  ont indiqué l’existence d’une occupation jusqu’aux temps gallo-romains.

Runciacus

D’après Jean-Marie Cassagne et Stéphane Seguin, dans « Origine des noms de villes et de villages en Charente-Maritime », Rompsay aurait appartenu à Runcius : « Le nom actuel [de Rompsay] est trompeur car très éloigné de celui que portait le village au Moyen-Âge : Runciacus. Cette Runciaco était l’héritière de l’ancienne Runciacum ou villa Runciaci. Le village s’est donc développé à partir du domaine de Runcius, un propriétaire terrien de l’époque gallo-romaine. »

C’est surtout au nom de cette analyse étymologique que certains évoquent l’existence d’une villa à Rompsay, la construction gallo-romaine aux fonctions indéterminées qu’on a cru trouver dans le secteur des Tausières à Rompsay, ne constituant pas une preuve archéologique suffisante.

Périgny

Là encore, seule une déduction étymologique pourrait faire croire à l’existence d’une villa romaine qui aurait été la propriété de Patrinius ou Perinius.

Cependant des traces d’occupation romaine avérées et nombreuses ont par contre été découvertes sur des territoires proches :

Aytré (quartier de Bongraine)

Une opération de fouille préventive, effectuée en 2004 par Alexandra Hanry (INRAP) sur une surface de 19 200 m2, a démontré l’existence à Bongraine d’une villa gallo-romaine. Dans son rapport, dont voici quelques extraits, elle indique que :

« La fouille a mis en évidence des installations agricoles, artisanales et résidentielles appartenant à une exploitation rurale gallo-romaine occupée entre le Ier et le Veme siècle de notre ère. Le statut de l'exploitation va au-delà de celui d'une simple ferme et elle peut être qualifiée de villa. […].

 La partie centrale de l'emprise est occupée par des bâtiments en U qui s'agencent autour d'une cour. Des installations viticoles des IIe‑IIIe s. ont été repérées : on recense en outre onze bassins à recueil du moût, trois probables fouloirs et au moins une zone de pressage.

Dans la partie occidentale, un bâtiment en T se dessine.

Dans la partie sud du bâtiment, la présence de trois systèmes de chauffe alimentés par trois praefurnia indique la vocation résidentielle et/ou artisanale du lieu (chauffage par le sol ou structures de séchage-fumage).

 Les espaces extérieurs aux bâtiments recèlent de nombreux aménagements : cours, puits, bâtiments en matériaux légers, fossés et fosses. La présence de pépins de raisin dans le fond d'un des puits, comblé dans le dernier quart du Ier siècle de notre ère, semble indiquer que la viticulture était au Ier s. la principale source de revenu de la villa.

 L'étude du mobilier archéologique et l'analyse des prélèvements destinés aux études paléo-environnementales apportent de nouvelles informations sur l'occupation du littoral nord-charentais entre le Ier et le Ve s. de notre ère. L'étude du mobilier céramique du site, réalisée par D. Guitton, permet de distinguer trois phases chronologiques distinctes d'occupation et d'abandon : des traces d'occupation liées au Ier siècle de notre ère, des niveaux de remblais ou d'abandon livrant du mobilier caractéristique de la fin du IIe et, surtout, du IIIe s. apr. J.‑C., et, enfin, les dernières traces d'activités du site, intervenant probablement au Ve s. de notre ère.

Il faut souligner la quasi-absence d'amphores sur l'ensemble du site, laissant supposer l'utilisation du tonneau comme conteneur du vin. La catégorie de céramique la plus représentée est la céramique commune sombre. »

La Rochelle Saint-Éloi

Les restes d’une villa gallo-romaine ayant pu appartenir à une exploitation rurale ont été retrouvés en 1977 dans le quartier de Saint-Éloi à La Rochelle. J. Flouret y a mis à jour un ensemble architectural ordonné autour d’une cour, avec des salles carrées ou rectangulaires. Des foyers ont été découverts au milieu de la cour et, au nord-ouest, des dépotoirs. La céramique et les monnaies récoltées indiquent une édification de la plupart des bâtiments dans la seconde moitié du Ier siècle et une occupation jusqu’à la fin du IIIème siècle.

La Rochelle Pointe des Minimes

Une autre villa viticole, dotée d’un pressoir à levier et contrepoids,  existait aux Minimes (Parc des Pères). Fouillée entre 1979 et 1982 par une équipe d'archéologues amateurs appartenant à la Société d'Archéologie et d'Histoire de l'Aunis, dirigée par Jean Flouret et Georges Durand, elle a révélé une zone d’habitat et une zone liée à la production agricole comprenant des citernes et des outils viticoles comme des serpes.

C'était une villa agraire, sur un site de plus d'un hectare, dont les premières constructions remonteraient à la fin du premier siècle ou au début du second après J.C.

Le logement du maître, assez riche, comprenait des thermes domestiques à hypocaustes. On y a trouvé des fragments de fresques peintes, de la céramique, une pointe de pilum (javelot de l'infanterie Romaine), du verre, des fibules (épingles servant à fixer les vêtements)... Un puits inachevé,  en communication avec la mer, avait été transformé en dépotoir. Des restes d’animaux y ont été trouvés.

A l'est, après une cour, un deuxième et troisième ensemble formaient l'exploitation agricole, orientée surtout vers la vigne, avec de nombreuses citernes remaniées plusieurs fois, les restes d'une forge et d'outils, telles des  serpettes.

Au nord, un quatrième ensemble (peut-être le logement des employés) comprenait deux grands balnéaires avec chauffage rayonnant.Un des deux balnéaires n'avait jamais servi et était juste construit lorsque le site a été abandonné au milieu du quatrième siècle. Les grandes invasions ont sans doute mis fin à l'occupation du site.

La Rochelle Quatrefages

Dans le  quartier Saint-Maurice, une fouille de sauvetage a mis au jour en 1981 un praefurnium (partie des thermes correspondant au système de chauffage de certaines pièces notamment letepidarium et le caldarium, laconicum (étuve sèche) et sudatorium (étuve humide). Le praefurnum désigne également le foyer lui-même ou le conduit dans lequel on insère le combustible.) de grande taille presqu’entièrement détruit, ainsi qu’un hypocauste à conduits rayonnants, datable du Ier siècle, recoupé par un puits postérieur. Le puits se trouvait au pied d’un mur en petit appareil possédant un occulus  en tuiles plates . Sur 11 m jusqu’au niveau de l’eau, le conduit du puits était comblé par des pierres, des tuiles, des fragments de suspensura, des tesselles de mosaïques (environ 200). 

L'Houmeau et Nieul-sur-Mer : le port du Plomb

La présence romaine dans les alentours immédiats du port du Plomb est attestée sur la commune de Nieul-sur-Mer par de nombreuses découvertes. confirmant cette présence sur les rives du Port du Plomb  aux Groies, au Petit Monsidun, au Haut-Pampin  et dans les vases du marais de l’Ouaille au Port du Plomb.

La plupart des communes avoisinantes possèdent également des vestiges gallo-romains. Ces sites gallo-romains autour du Port du plomb reflètent une nature rurale, résidentielle, artisanale et religieuse, depuis leur création au début (ou au milieu) du 1er siècle de notre ère, jusqu‘à leur abandon à la fin du 4ème siècle.

Voir l’étude détaillée de ces sites dans « Le plomb, L’archéologie et l’histoire des 2500 ans d’un port de mer et la question de l’aqueduc du trépied du plomb », Collectif sous la direction de Bruno J. Texier, édité par l’association Archéaunis, 2009  

Esnandes

Deux villas ont été reconnues à Esnandes. l'une à la pointe Saint-Clément : Une expertise archéologique en a confirmé la présence en 1995. Des substructions ont été dégagées sur un espace de 120 m2 et le balnéaire d’une villa a été mis au jour, avec trois hypocaustes et une abside. L'autre  à 40 m environ à l’est de l’église romane où on a repéré  des substructions appartenant à plusieurs bâtiments, parmi lesquels une habitation comportait une galerie de façade (fragments de colonnes). On a aussi repéré dans la commune au moins 4 sites à tuiles à rebords.  

Saint Georges-du-Bois

Un amphithéâtre y a été découvert en juin 1976 par photographie aérienne par Jacques Dassier. La construction était solide (les murs des deux ellipses sont en blocage parementé de 0,90 m d’épaisseur). Ses dimensions hors tout étaient de 65 et 50 m avec une arène de 54 et 30 m environ. Ce monument tient son originalité de ce qu’il est un des deux amphithéâtres romains connus dans le monde en-dehors d’un chef-lieu (avec celui d’Argentomagnus dans l’Indre).

 Un temple gallo-romain y a aussi été découvert par le photographe aérien Michel Bernard en juin 2009, témoignant sans doute d'une occupation plus populeuse qu'imaginé auparavant.

Voir le dossier de "L'Hebdo" du 4 novembre 2009 et l'article de Michel Bernard

Saint-Saturnin-du-Bois

En 2008, à Saint-Saturnin-du-Bois, fut découverte une villa gallo-romaine de 4 000 mètres carrés de bâti avec maisons d'habitations, thermes, ateliers, latrines, système de chauffage par le sol, le tout sur un site d'un hectare. Voir ici la vidéo “brèves de chantier 2015“ https://youtu.be/Ek6iZzTCJqo

D’autres villas ont été reconnues à Charron (Le champ des Bois ou La Chapelle), à Courçon (moulin de Neuillon), à Vergeroux (Plantemaure), à Nieul-sur-Mer (Les Groies, fouillé en 1976 par G. Durand), au Bois-Plage-en-Ré (Les Plumées), à Muron, au Thou, à Vouhé (Grignon), à Vérines (Loiré, le fief des Insards), à Saint-Vivien (Le Saint-Germain) et à Saint-Germain de Marencennes (Le champ Verneuil).

Commentaires (2)

1. perignystory (site web) 13/01/2014

Maurin Louis

Carte archéologique de la France : la Charente-Maritime, pré-inventaire archéologique publié sous la direction de Michel Provost, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Ministère de la Culture et de la Communication, Ministère de l’Éducation Nationale, de la Recherche et de la Technologie Diffusion Fondation maison des sciences de l'homme, Paris 1999.

2. Perrichon 07/01/2014

Bonjour,

Concernant le site "La Rochelle Quatrefages" dans laquelle un hypocauste rayonnant a été découvert et daté du Ier s. Auriez-vous une référence biblio.
Merci

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