Esnandes

Un ouvrage de référence :

Françoise Lafon, Vice-Présidente de la Société d’Archéologie et d’Histoire de l’Aunis, Esnandes village d’Aunis, Publications de la Société d’Archéologie et d’Histoire de l’Aunis, n° 24, La Rochelle 1992, 47 pages.

Résumé :

Préhistoire et Antiquité :

Des silex taillés ont été trouvés lors du creusement du fossé anti-char pendant l’occupation. Des fours à sel gaulois ont été révélés en 1988 derrière l’église, datant d’environ 700 avant J.C.. Une villa gallo-romaine à la pointe Saint-Clément et un habitat gallo-romain à murs épais ont aussi été reconnus.

Moyen-Âge :

On ne trouve la première trace  écrite d’Esnandes qu’en 990 dans un cartulaire de Saint-Cyprien de Poitiers où il est question d’un «moine et d’un port Snenda-Espnanda». Les premiers seigneurs connus sont ceux de Châtelaillon et de Surgères. En l‘an 1000 l’autorité publique appartenait au comte du Poitou. Au XIIème siècle, les Lusignan étaient aussi seigneurs d’Esnandes. Ils étaient deux frères qui, après avoir été battus par les Turcs et avoir perdu le royaume de Jérusalem, devinrent rois de Chypre en 1186 et 1191 avant de  revenir à Esnandes. C’est pourquoi on trouve une « rue de Chypre » à Esnandes.

Il est question d’un moulin à Esnandes en 1089, d’un marchand d’Esnandes en 1137 et du commerce du vin à partir de petits ports.

Les seigneurs d’Esnandes :

Hugues Larchevêque de Parthenay échangea Esnandes avec Taillebourg et Aulnay à Geoffroi d’Ancenis. Antoine de Jarrie, René de Brosse, Geoffroi de Saint-Marthe (médecin du roi), Seguin Gentils, furent seigneurs d’Esnandes. En 1568, le seigneur, Pierre Salbert, était protestant. En 1632, Marie Gentils, épouse de Jean de Montbron, l’était elle aussi. Dix ans plus tard, « François de Montbron est arrêté pour exaction sur les villageois, sur le notaire et pour l’activité de bandit qu’il avait dans la ferme de Casse-Mortier, à Saint-Rogatien. Il est condamné à être décapité. Sa peine est commuée en détention à perpétuité dans la tour Saint-Nicolas en 1668. En 1675, pendant un violent orage, il s’évade à l’aide d’une corde. Un homme d’armes coupe la corde et l’évadé s’écrase 20 mètres plus bas. Il meurt peu après. ».

En 1719, Alexis de Montbron vend Esnandes à Jean Gâtebois, directeur de la Compagnie des Indes  lequel revend en 1725 à François-Louis de Brach, capitaine de vaisseau, ancien gouverneur du fort de la Martinique. C’est son fils, Jean-François-Louis de Brach qui est seigneur d’Esnandes à la Révolution. Il ne réside pas à Esnandes. Les biens sont vendus par étapes, et sa fille, Louise-Hélène de Brach vend le château en 1840.

XIXème et XXème siècles :

L’école existe depuis longtemps à Esnandes. Il est fait mention de maître d’école dès le XVème siècle. Mais ce n’était qu’une école religieuse. La municipalité installa une maison d’école en 1846. Une école enfantine fut créée en 1903.

La Poste apparut à Esnandes en 1922 mais le bureau était tenu par le facteur qui s’absentait pour ses tournées. Il ne fut ouvert avec une employée supplémentaire qu’en 1946.

L’électrification commença en 1925 pour les bâtiments communaux et fut achevée vers 1938 pour les écarts.

Le canal anti-char creusé sous l’Occupation allemande et destiné à protéger ce qui sera la « poche de La Rochelle », commençait rue du port et s’allongeait jusqu’à Chagnolet. Le canal avait 20 m de large.

L’adduction d’eau fut réalisée en 1953 (sur 100 puits analysés, 2 seulement étaient potables).

Esnandes (17) par Louis-Etienne Arcère (1698-1782)

Louis-Etienne Arcère, Histoire de la ville de la Rochelle et du Pays d’Aulnis, La Rochelle, 1754.

 « Le Bourg d’Esnandes connu dans les anciens titres sous le nom d’Esnenda & Esnempda, est distant de la Rochelle de 5000 toises. Son Port qui n’est pas fermé, est un Port de barre exposé au vent de Nord. Il n’y entre que des traversiers qu’on voit appuyés sur la vase, lorsque la mer s’est retirée.

L’Eglise Paroissiale d’Esnandes, consacrée au culte de Dieu sous l’invocation de S. Martin, est solidement bâtie. Il y avoit autrefois des machicoulis au haut des murs & des guérites aux coins ; elle étoit entourée de grands fossés.

 

Dans une Charte de l’an 1105, il est fait mention de Thomas Moine d’Esnandes. Le Prieuré étoit possédé en 1337 par Guillaume d’Aigrefeuille, Abbé de Saint-Jean-d’Angély, & dans la suite Archevêque de Saragosse & Cardinal.

En 1109, Pierre II, Evêque de Saintes, confirma le don d’un marais salant d’Esnandes, fait à Geofroi, Abbé de S. Maixent en Poitou.

En 1137, Guillaume, Duc d’Aquitaine, père d’Eleonor, donna à l’Abbaye de Saint-Jean-d’Angély, les moulins, les pêcheries & les maisons de la conche d’Esnandes, c’est-à-dire, des environs de ce Bourg, courbés en arc, & qui descendent vers la mer par une pente douce. Haec enim concha tenet à Cruce qua est in via usque ad portum Savarici, & in eadem concha molendin, piscatorias vel aliud quodlibet aedificium. Ce mot conche signifie encore aujourd’hui en Saintonge un enfoncement formé par deux pointes de terre. C’est dans le même sens qu’il faut prendre ce que le Moine Hermentaire dit du port Herio, Noirmoutiers, ad nostrae Insulae portum qui conca dicitur.

Conche signifie encore dans nos Chartes un lieu bas dans lequel les eaux se rassemblent. C’est ainsi qu’il faut entendre le Concha putrida, dont il est fait mention dans l’acte de donation de l’Isle d’Aix, par Isambert de Chatelaillon, à l’Abbaye de Cluni, en 1077 dedi exclusam de borda & duo molendina in nemore Fluriacensi in loco qui dicitur Concha putrida, (au lieu dit eau morte). On retrouve la même Conche dans une concession faite en 1338, par Seguin, Prieur de l’isle d’Aix. Concham & Chanalem quam hahebamus in portu novo prope boscum Floridum.

Le long de la côte d’Esnandes, le bassin de la mer présente un fond plat & chargé d’une vase extrêmement profonde. Ce parage est poissonneux, & il s’y rassemble un grand nombre d’oiseaux aquatiques. Les habitans de la côte ne sauroient faire leur pêche durant le flot qui les rejetteroit sur la côte, & ils ne pourroient de basse-mer y aller à pied sans être engloutis dans la vase. Ils ont inventé un moyen pour franchir cette étendue de limon, nouvelle espece de mer sur laquelle ils sont exposés aux dangers, même sans tempêtes. Ils se servent d’une nacelle ou traîneau de cinq à six pieds de long, sur dix-huit à vingt pouces de large, formé de trois planches de sapin, & ce traineau s’appelle Acon. Il est à remarquer que les Lappons donnent à leurs traîneaux le même nom Achkio. Le mot Acon dont l’etymologie est grecque & plus vraisemblablement celtique, s’est latinisé dans la suite. Acatis, phaselis, lintribus tarnin & garumnam permeat. Il est encore fait mention des acons dans la Loi salique, tit. 24, de Navibus suratis. Si quis ascum de intro clavem suraverit.

Le conducteur de l’Acon se tenant à l’arrière de cette sorte de bateau, s’appuye sur un genou, ou sur un mannequin qu’il a devant lui, & poussant en dehors la jambe droite, il frappe de son pied la vase, & sous les coups redoublés de cette espece de rame, il fait glisser l’acon. C’est ainsi qu’il va tendre ses filets.

Il y a encore le long de la côte d’Esnandes jusqu’à Charon, des pêcheries pour les moules. Ce sont des parcs formes de clayes & soutenus par des pieux ; on donne à ce clayonnage le nom de bouchaux. Les moules s’attachent à cette espece de cloison ; c’est-là que se nourrit un essain prodigieux de ces coquillages qui s’engraissent du limon fin & des sucs des fertiles campagnes du Poitou, entraînés dans la mer par les eaux de la Sévre.

Cette façon de nourrir les moules dans les bouchaux ne paroît pas extrêmement ancienne. On a droit de le conjecturer ainsi par le silence des Chartes qui rappellent si souvent des dons de pêcheries faits aux Monasteres, & principalement des pêcheries d’Esnandes, dans lesquelles on étendoit des filets, ce qui ne convient nullement aux bouchaux, où les moules se prennent sans filets.

Les Goilans, oiseaux extrêmement voraces voltigent autour des bouchaux où fourmillent d’ordinaire de petits poissons. La Popeliniere qui parle de ces oiseaux dit que « le Goilan va se percher sur un des paux, & là ouvrant le bec, se tourne droit au vent qui lui cause la digestion. Voilà comment cet animal donne jugement aux pêcheurs mareans & autres du vent qui régne & du côté vers lequel il souffle. »  Lorsque les Goilans vont chercher leur pâture ils vont d’abord droit au vent à deux ou trois portées de fusil, ensuite ils continuent leur vol en reculant & viennent se placer un peu au-dessous de l’endroit d’où ils sont partis ; alors ils courent sur la vase & quelques momens après ils reprennent l’essor en avant, puis ils reviennent. Ils continuent ainsi cette sorte d’exercice jusqu’à ce qu’ils se soient rendus près de la côte. La cause physique de cette allure vient sans doute de ce que le Goilan étant extrêmement chargé de plumes, est forcé d’aller à tire d’aile, bec au vent, pour empêcher le vent de s’engouffrer dans son plumage & de le jetter par terre. On prétend que les Goilans de la petite espece ne perchent pas & que les autres ne le font que quand les bouchaux sont à découvert, a un demi-pied ou environ. Lorsque ces oiseaux se rejettent avec empressement sur la côte, on juge qu’il doit faire mauvais temps. Il n’est pas de baromètre plus sur. Ils présagerent en 1753 la furieuse tempête du 4 Avril. Huit jours auparavant il en vint une si grande quantité sur les côtes de Lozieres, Esnandes & Marcilli, que les gens de mer s’attendirent au malheur qui ne manqua pas d’arriver.

Dans les parages voisins de la Rochelle, & surtout dans le Pertuis Breton les pêcheurs d’Esnandes vont à la pêche d’un gros poisson nommé Maigue & que le vulgaire nomme Maigre, la chair de ce poisson est séche & ferme. Les matelots pour exprimer le cri de la Maigue, disent qu’elle chante. Alain, Docteur en Médecine, dans sa description latine de Saintonge, observe qu’on en prend beaucoup dans la Gironde, qu’au temps du fray on les entend mugir, & qu’il y a dans la tête de ce poisson, deux pierres qui étant suspendues au col, appaisent à ce qu’on prétend, les douleurs de la colique.

Depuis Esnandes jusqu’à la pointe de la grande échelle, près-de-Queue-de-Vache, la côte n’est pas accessible, étant bordée de hautes falaises. Au Nord d’Esnandes & jusqu’à l’embouchure de la Sévre le fond de la côte ou l’estran est d’une vase très-molle, profonde & entrecoupée de petits chenaux.

Letice de l’ancienne maison des Rançons, Seigneurs de Taillebourg, étoit au douzième siecle Dame d’Esnandes. En 1229, Hugues l’Archevêque, Seigneur de Partenai & de Taillebourg, donna la Terre d’Esnandes à Geofroi d’Ancenis & à Eleonor sa femme, en échange de la huitième partie qu’ils prétendoient sur la Terre de Taillebourg & le Vicomté d’Aunai. 

 La Seigneurie d’Esnandes passa dans la maison de Vivonne par le mariage de Catherine fille de Geofroi d’Ancenis avec Regnaud de Vivonne. Isabeau petite fille de Regnaud & fille de Savari de Vivonne & de Jeanne d’Aspremont possédoit Esnandes en 1413, lorsqu’elle fît une enquête dans laquelle on traite plusieurs questions touchant le parage. Il paroît qu’il y avoit une contestation pour raison de la mouvance de la terre d’Esnandes : on la supposoit membre autrefois de la Terre de Taillebourg donnée par partage, il y avoit 140 ans à Eleonor de Taillebourg, femme de Geofroi d’Ancenis & tenue en parage, du Seigneur de Taillebourg, & sous l’hommage de Taillebourg au Roi.

En 1470, Esnandes fut érigé en Comté, par lettres patentes ; mais cette érection n’eut point d’effet.

En 1480 & 1515 le Duc de Penthievre jouissoit d’Esnandes.

En 1535, François Joubert, Chevalier Seigneur de la Roche-Barangère possédoit cette Terre. Après François Joubert, on trouve Seguin Gentils, Chevalier Seigneur de l’Enfrenau & d’Esnandes en 1538. Pierre Gentils, en 1555, & Abraham Gentils en 1636. Jean de Montberon ayant épousé la fille de celui-ci, devint Seigneur d’Esnandes. François de Montberon l’étoit en 1675. Il faut mettre encore au nombre des Seigneurs d’Esnandes, Louis de Sainte Marthe, lequel vivoit, dans le quinzième siècle, il étoit d’une ancienne Maison qui jouit du privilège unique d’avoir donné à la république des lettres plusieurs générations de savans. »

Voir : Carte satellite des lieux décrits par Louis-Etienne Arcère

(http://www.histoirepassion.eu/index.php)

Le site à sel

En mars 2003, les nouvelles d'Archéaunis (Association des archéologues de l'Aunis) ont édité un ouvrage de 42 pages écrit par Maurice Lavergne : "Le site gaulois de l'église d'Esnandes" dans lequel sont étudiés les fours à sel protohistoriques (Tène II) d'Esnandes dans leur contexte géographique et archéologique.

Commentaires (1)

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