de Simca à Triaxe

De l’usine Simca à la liquidation de Triaxe

Simca

Dans les années 1960, Simca installa une unité de construction automobile à Périgny. Cette usine regroupait plus de 3 000 employés et faisait vivre un important tissu de sous-traitants industriels locaux.

Négociations

Dès 1964 la décision avait été prise d'installer à La Rochelle une usine d'industrie automobile, extension de la société SIMCA. Le choix de cette localisation était le résultat de longues négociations et d'un compromis entre l'Etat et la firme. L'État autoriserait la firme à construire de nouveaux locaux à usage industriel- au lieu de l'implantation parisienne- à la condition que la société consente à créer 1200 emplois nouveaux, dans une région où les problèmes sociaux étaient aigus.

La société pensait alors à une localisation soit en Basse Seine soit en Alsace, mais les pouvoirs publics s'y opposèrent et l'orientèrent plus particulièrement vers La Rochelle. Les études préalables entreprises par la firme l'encouragèrent à prendre effectivement une décision en faveur de cette dernière.

La société fut sensible à l'abondance de la main d'oeuvre disponible sur place, à l'ampleur de la zone industrielle spécialement aménagée pour son implantation, aux bonnes conditions techniques qui y étaient offertes, et aux larges possibilités d'extension. Ce fut sur le territoire de la commune de Périgny que l'usine s'installa. 

première pierre

En novembre 1964, on posa la première pierre de l’usine tandis qu’on annoncait la mort du fondateur historique de Simca (Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile), Henri Théodore Pigozzi. L'usine ouvrit ses portes le 1er septembre 1965.

L'usine fut inaugurée en janvier 1967 par Georges Pompidou ( cliquez pour voir la vidéo et passez l'inauguration du salon nautique à Paris) , alors premier ministre .

Le 21 avril 1967, le magasin des huiles etait terminé (achèvement des travaux).

Production et producteurs

La solution finalement retenue était la décentralisation de la production de pièces détachées, fabriquées jusque-là à Poissy. Cette vocation s'est précisée lentement.

La production démarra en  septembre 1965 mais le premier niveau de développement fut atteint au début de l'année 1968.

À ce moment-là l'usine employait 622 ouvriers spécialisés, 804 ouvriers professionnels, 137 techniciens et 9 cadres supérieurs, soit au total, si on ajoute le personnel de service : 1650 personnes.

La décision fut alors prise de doubler la surface de l'usine, ce qui fut un fait accompli en décembre 1969. À cette date, elle employait 1900 personnes et envisageait une  progression  de 250 par an jusqu'en juillet 1975, date à laquelle l'unité de La Rochelle atteindrait 3082 salariés environ. 

Sa vocation était la fabrication des suspensions et des transmissions de toutes les voitures Simca. Les modèles étaient concus à Poissy mais les modalités de fabrication étaient mises au point à La Rochelle Périgny qui possèdait l'autonomie de la fabrication.

Syndicat maison

Un syndicat "maison", la CFT, future CSL, est implanté. Il est chargé de mettre en oeuvre la "doctrine simca" : 

« à côté des actionnaires et des clients [qui] accordent leur confiance à Simca, […] les employés [doivent] témoigner de leur foi en Simca en y investissant leur temps et leur énergie ». Sont mis en avant "16 points caractéristiques d’une politique sociale, où rien n’est oublié,  ni les principes moraux – « franchise [et] équité » –, ni les conditions de salaire et de travail – « de bons salaires, des primes intéressantes, un travail humainement réalisable, des horaires humains » –, ni les perspectives professionnelles – « la formation continuelle, la promotion au mérite, la reconnaissance de l’ancienneté » –, sans oublier « l’aide sociale, l’effort mutuel, l’esprit d’équipe » ; restent les garanties comme « le recrutement et l’avancement impartiaux, la notation objective, la libre communication entre la direction et les employés, des emplois stables »" (cité par Jean-Louis Loubet et Nicolas Hatzfeld « Poissy : de la CGT à la CFT », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 1/2002 (no 73), p. 67-81.)

 En échange de quoi les salariés ont tout intérêt à obéir aux patrons et à exclure tout mouvement revendicatif de leur comportement.

"La CFT est "un syndicat à la fois central et unique. Central parce que ses hommes occupent des fonctions de responsabilité au sein même de la direction du Personnel, devenant ainsi tout autant juge que parti. Unique parce que les autres formations n’ont plus d’écoute, littéralement balayées par des Indépendants omniprésents qui vont jusqu’à infiltrer les syndicats concurrents pour mieux les affaiblir" (Jean-Louis Loubet et Nicolas Hatzfeld, op. cité). Il s'agit en effet de lutter -par tous les moyens- contre la CGT.

C'est un "syndicat patronal aux tendances musclées, voire fascisantes" écrit James Connolly.

 Absorptions et licenciements

En avril 1970, Simca fusionna avec Matra et c’est Chrysler qui prit le contrôle des 3000 salariés, devint Chrysler France, et fut ensuite rachetée par PSA Peugeot-Citroën en 1978 et renommée Talbot.

Dans les années 1980, les conséquences du deuxième choc pétrolier et de la crise économique l'ayant accompagné allaient -selon certains, mais d'autres parlaient, déjà,  de crise du système capitaliste- sinistrer l'économie rochelaise. Dès 1981 les effectifs retombaient à 2000 salariés. 386 licenciements furent effectués en 1985 et en 1987 il n'y avait plus que 950 salariés.

Le groupe Tersou fut appelé à la rescousse pour "sauver le potentiel industriel et maintenir l'emploi".

Le 15 juillet 1991, l'usine prit le nom de Triaxe et devint équipementier pour le groupe PSA. Elle comptait alors 544 salariés.

Liquidation

En réalité et malgré des bénéfices substantiels réalisés par le groupe Tersou, Triaxe restera une entreprise friable et condamnée dès le départ par ses dirigeants.

Le 22 février 1996, l'industrie automobile connaîssait un épilogue douloureux avec la liquidation judiciaire de Triaxe Industries par le tribunal de commece de La Rochelle.

Quant aux salariés, ce ne fut que le 8 juin 2005 que la cour de cassation aura mis un terme à treize années d'une procédure engagée par les 43 victimes du premier plan social... Voir l'affaire Triaxe...

Dégâts collatéraux ?

Par la suite, le terrain est devenu la propriété de la Communauté d'agglomération de La Rochelle, qui a engagé des travaux de dépollution du site, particulièrement pollué par des décennies d'exploitation industrielle automobile.

Les travaux de dépollution, effectués par l'entreprise Séché Eco-Industrie, ont duré plus d'un an (octobre 2005 à octobre 2006) et ont coûté plus de 500 000 euros.

Au total, 28 tonnes de dépôts noirâtres hydrocarburés, 227 tonnes de boues chargées de chrome, 21 tonnes de déchets huileux et 417 tonnes de béton et de remblais souillés par des polychlorobiphényles , particulièrement toxiques, en ont été retirés.

Retour à l’Ancien Régime ?

Désormais, le site reprend l’ancien nom du fief seigneurial des Quatre chevaliers.

Il voit l’implantation du centre de tri de la Poste

 

 

et de l’entreprise de téléphonie SITEL

.

Les pompiers y édifient leur centre de commandement.

Au cours des travaux un site archéologique est mis au jour…

(Sources : en particulier, E. Strawczinski et J.M. Saunier, Recherches sur la localisation. Études du processus de choix de localisation des entreprises industrielles à l'occasion de leur décentralisation, Poitiers, juin 1969.)

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